Ici, je voulais juste réfléchir un petit peu à la violence des justes.

L'idée m'est venue hier, dans le métro, lorsqu'un homme a mendié de l'argent d'une manière très particulière. Il n'a pas arrêté de répéter qu'il avait honte, que sa mère l'avait mis à la porte, qu'il avait fait quelque chose de mal et qu'il avait honte, mais qu'il voulait prendre une douche, être propre et qu'il avait honte de passer parmi nous, mais qu'il n'avait pas le choix. Si nous voulions bien l'aider...

On ne lui a quasimment rien donné.

Il était clair que cet homme avait l'impression de faire quelque chose de juste. De parler avec sincérité. Il devait avoir l'impression de se montrer honnête avec nous, contrairement à la plupart des mendiants.

Or, le potentiel de violence d'une telle attitude est à mon avis assez énorme. Bien plus grand que chez quelqu'un de cynique qui ne va pas avoir le sentiment qu'on lui doit quelque chose, tout simplement parce qu'il n'est pas convaincu en lui-même d'agir de manière honnête et juste.

Ce sentiment de justice offensé me semble à la base d'une quantité de violence assez formidable dans le monde (la violence religieuse entre autres). Pour que ce sentiment génère de la violence, il suffit :
1. Que la personne se convainque d'avoir bien agi et pour de bonnes raisons.
2. Que les autres se sont montrés injustes et qu'ils l'ont maltraité, alors que ses bonnes intentions étaient évidentes
3. Que la colère l'emporte, par simple comparaison entre ce qu'on a fait et ce que les autres ont fait. Alors la personne se sent en droit de se venger.

mendiant

L'expression "L'enfer est pavé de bonnes intentions" est parallèle à ce sentiment d'être dans le bien. La naïveté, l'auto-conviction peuvent mener dans ce cas à une vengeance qui sera d'autant plus violente et impitoyable qu'elle est justifiée.