Voici un petit texte que j'ai écrit à un ami que je voulais absolument convaincre que ce film valait la peine, qu'il allait le surprendre, qu'il était différent de ces films qui sortaient à la suite et décevaient, à la suite...

The_Mist
Réalisation et scénario : Frank Darabont. (La Ligne verte, Les Evadés. Nominé trois fois aux oscars, dont deux comme scénariste)
Cout : 18 millions de dollars (ridiculement petit)
Casting :
Thomas Jane (La Ligne Rouge, Magnolia)
Marcia Gay Harden (Oscar du meilleur second rôle dans Pollock)
Tobby Jones (le Truman Capote de Scandaleusement Célèbre, pour lequel j'estime qu'il aurait dû avoir l'Oscar)

Plus je réfléchis, plus The Mist me séduit comme étant une oeuvre qui, au-delà de sa première demi-heure bateau, nous fait entrer dans un pays dont peu de gens réalisent la profondeur, peut-être à cause de la lenteur avec laquelle on y pénètre, oubliant progressivement qu'il y avait quelques heures auparavant, un monde "normal". Et ce basculement, que le script évite soigneusement à mettre en avant, n'en devient que plus effrayant quand on y réfléchit, justement parce qu'il est passé totalement inaperçu.

Ce n'est pas pour rien qu'un critique a sorti une référence à Lovecraft. L'intérêt de The Mist se trouve dans son travail approfondi sur ce petit groupe humain, dernier bastion d'un monde humain sans monstres ni peurs ni inconnu, sur le point de s'effondrer face à un nouveau monde lovecraftien. Un travail qui distingue le film de tous ses confrères hollywoodiens, superficiels et oubliés sitôt vus. Un travail sur tous les plans : celui de l'écriture, dense, entrelacée, créant des personnages profonds et nous offrant de nombreuses lignes scénaristiques qui nous tiennent en haleine tout au long du récit, rassemblées autour de celle du héros et de son fils d'un côté, et du brouillard et de tout ce qu'il apporte de l'autre; celui du jeu d'acteur, car sans les acteurs, la profondeur peut aller se faire foutre (bien que l'acteur principal montre à plus d'une reprise qu'il est loin d'être excellent et qu'il peut même mettre les deux pieds dans le ridicule. Il n'empêche que les acteurs ne sont pas là pour le cachet, mais bien pour le script); le plan du cadrage (un passage du plan rapproché suivant un personnage en particulier aux scènes de chaos et de "foule" prises avec une hauteur qui peut sembler artificielle mais qui donne en fait vraiment la mesure de cette communauté imprévue ), sans parler d'un montage excellent.
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Le film a une particularité : il ne fait pas peur. Ce n'est pas son but. La première scène dans le hangar le démontre (la peur s'y fait ridiculiser, je dirais. C'est la peur du personnage, pas celle du spectateur. Cette scène désolidarise les deux, ne serait-ce que symboliquement), l'absence de jeu sur le noir et ce qu'on ne voit pas dans le noir le démontre. L'étude des hommes, la psychologie est au centre, pas l'adrénaline du spectateur. Et l'intensité croissante du début à une fin tellement hallucinante qu'on ne réalise même pas, tellement ce que l'on ressent dépasse l'imaginable de par sa simplicité. C'est un sentiment métaphysique, peu spectaculaire, peu effrayant, mais qui reste sous la peau, et fait son chemin. Le but du film n'est pas de faire peur sur le moment, mais, par cette peinture de l'humanité face à l'apocalypse, ficher une terreur métaphysique qui, au final, malgré des effets spéciaux absolument cheap (à se demander si ce n'est pas fait exprès, histoire d'en détourner l'attention. Et c'est moi, fan d'entre les fans des blockbusters et des effets spéciaux qui l'affirme !), oblige à se poser ces questions qu'on évite tant qu'on n'a pas à faire face au pire en l'homme, à savoir, dans cette situation, que ferait-on...
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Je me souviens de mon obsession enragée pour AVPR, qui avait proprement massacré deux franchises et une situation de film énorme. Pour ce film, je ressens la même obsession, mais avec la certitude que Frank Darabont est allé au-delà de ce que j'aurais cru possible. Rarement un cinéphile peut avoir joie plus grande, et être plus fier d'un scénariste réalisateur qui, pour le coup, savait parfaitement ce qu'il faisait.

Au-delà des rires de moquerie qu'on peut avoir en voyant le film, des moments d'ennui, de la première demi-heure, de la réaction instinctive face aux effets spéciaux cheap, de l'absence de peur physique, il se dégage de ce film une intensité crépusculaire, sincère, humaine, d'un brio qui ne se met pas en avant et cache son jeu. Une intensité qui prend vos tripes, et les retourne, avec le rire en plus (le scénario a des moments de dialogue hilarants tant ils sont acerbes et charcutants), sans que vous vous en rendiez compte. Et vous vous retrouvez, après vous être ennuyé, moqué, après avoir ri au répliques et fait la moue aux effets spéciaux, à réaliser tout d'un coup, que vous venez en fait d'assister à la fin du monde, rien de moins. Une fin du monde qui sonne atrocement vrai. Pourquoi cette certitude ? Vous avez vu tellement de films américains édulcorés que vous avez appris à reconnaître les films qui font corps, qui ne mentent pas. Et The Mist en est un. Un film entier. Un vrai.
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Ce film est un coup de maître. J'admire. Il me travaille encore. Autant il fut une jouissance pure à regarder, autant il est d'une profondeur abyssale quand l'esprit s'y attarde. Je me noie dans le brouillard...