PHÉNOMÈNES (THE HAPPENING)

de M. Night Shyamalan

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Voici un film que j'attendais depuis longtemps, devant lequel je m'impatientais, car c'est le petit dernier de mon scénariste/réalisateur favori.

Avec cette apocalypse aux tons gris et neutres, Shyamalan nous donne son film le plus sombre, le plus sanglant, échappant à ce fantastique humain, chaleureux et touchant qui caractérisait ses derniers films. Les personnages sont perdus dans leur vie, perdus dans une Amérique paranoïaque, où tout le monde se méfie de tout le monde, où chacun se réfugie derrière une porte et repousse les autres, quitte à les détruire.

Les tons sont plus sombres, plus réels, les évènements inexplicables. Ne vous y trompez pas, les explications ne sont, comme le dit le personnage de Marc Wahlberg, que des théories. Tout ce qu'on sait, c'est que c'est nous qui sommes responsables. Un discours certes commun aujourd'hui, mais que Shyamalan a l'intelligence de décliner de manière personnelle et originale (je pense entre autre à cette scène où un groupe est poursuivi par... le vent !), et de le traduire par la folie collective, la folie individuelle. Celle de ce "phénomène", mais surtout celle des humains dont les protagonistes croisent la route.

Phénomènes reste certes un film imparfait, parfois un peu lourd, parfois un peu long (la scène d'ouverture à New York est si forte, que les autres scènes de même nature en sont forcément amoindries), mais à travers ce film qui suit l'échec commercial de La Jeune Fille de l'Eau, Shyamalan prouve qu'il est le Hitchcock du 21ème siècle. Je pense d'ailleurs que la thématique et le traitement si sombres de ce film sont directement liés aux mésaventures que Shyamalan a connues précédemment.

A ce propos, quelques touches d'humour viennent relever par moments une ambiance oppressantes dès le début. Quelques touches d'humour bien placées, efficaces, et quelques scènes plus intimes, plus touchantes, que l'on aime ou que l'on trouve trop hollywoodiennes (voire trop bollywoodiennes), mais qui caractérisent malgré tout Shyamalan (l'aspect humain de ses personnages). L'évolution du couple Wahlberg/Deschanel est d'ailleurs le seul élément positif de tout le film. La vision de l'amour qu'ils incarnent ici est bien sombre, malgré tout. L'amour doit se travailler, se mériter. On doit se battre pour lui, donner tout ce qu'on a. Et marquant début que celui où, en plein milieu de cet événement tragique, le couple connaît des difficultés, voyage séparément; ne se parle pas. Et, comme toujours chez Shyamalan, l'amour mène l'intrigue, dépasse tout.

Tout ? Non, et c'est bien la première fois. L'amour ne guide que ces trois personnages principaux, non l'histoire dans sa globalité.

Ces personnages sont d'ailleurs parfaitement interprétés par un choix d'acteurs comme toujours sans faille. Mark Wahlberg n'est certes pas Bruce Willis ou Paul Giamatti, mais il correspond parfaitement à son personnage. Zooey Deschanel, avec ses grands yeux, semble posséder une qualité enfantine. Ils sont d'ailleurs trois enfants, deux grands, et une petite fille. Mark Wahlberg est, comme le dit un personnage à un moment, "résilient". Il ne laisse jamais tomber. La scène où il essaye d'appliquer la méthodologie scientifique qu'il enseigne, dans l'urgence absolue, est d'ailleurs extraordinaire, d'une intensité rare. Comme chez Hitchcock, les acteurs sont chez Shyamalan avant tout des outils dans une construction scénaristique maîtrisée totalement avant même le début du tournage.

Pas de twist final, pas de jeu ici. Shyamalan n'apparaît plus. Il n'est qu'un personnage absent, Joey, celui qui harcèle Alma au téléphone. Son film est moins personnel que ses précédents (le scénario a été refusé dans un premier temps et Shyamalan a dû le retravailler. Une première pour lui !), moins extraordinaire. Mais j'espère qu'il aura enfin la reconnaissance et le succès qu'il mérite, parce que le bonhomme est un grand réalisateur, et un excellent scénariste !