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19 juin 2008

SPEED RACER

SPEED RACER

réalisé par les Frères Wachowski.

Esquisse de réflexion...

Speed_Racer_Poster

J'entendais parler de douleur au crâne à force d'images de synthèses et de sons testostéroné, de scénario pour mioches décérébrés, de blockbuster estival pas mieux qu'un autre... détrompez-vous, mes braves ! On vous a floué sur la marchandise. En cause ? La campagne marketing rutilante d'un Joel Silver, producteur qui n'a probablement encore une fois rien compris à l'oeuvre d'art qu'il vend. Alors il la résume comme ce que j'ai pu évoquer plus tôt, comme une vulgaire machine à fric. Et, vu les bandes annonces, ça ne passe pas.

Mais la campagne publicitaire n'y est pas pour tout. Rajoutez à cela les critiques très moyennes et les spectateurs, effrayés par ce qu'ils voient du film de l'extérieur... et vous avez le bide économique total qu'est en train de se taper le film. Aux Etats-Unis, il ne rapportera pas plus du tiers des 120 millions de dollars qu'il a coûtés.

Alors qu'est cet objet filmique ?

En premier lieu, c'est une expérimentation, une véritable expérience ! Non pas une oeuvre formatée, mais une création originale, unique, prolongeant la réflexion que les Wachowski ont engagé avec la trilogie Matrix, les Animatrix et tout ce qui touche à cet univers. Une réflexion sur les médias, leur interconnexion, leur pénétration mutuelle. L'influence du manga, on l'aura bien sûr deviné. Mais aussi, c'est devenu une banalité de le dire, celle de l'art superflat, que je ne connais pas personnellement, donc dont je ne parlerai pas ici, mais qui, comme l'entend son titre, consiste à créer par ordinateur une image applatie. Le jeu vidéo est évidemment de la partie, mais de manière inévitable, étant lié aux effets spéciaux aux yeux de beaucoup. Pour répondre tout de suite à cet aspect-là, je dirais que vous ne verrez absolument jamais un jeu vidéo avec un découpage et un montage de l'image aussi affolant, avec des mouvements de caméra qui sont ne serait-ce qu'une petite partie de ce que le film montre. Je me demande même si les Wachowski n'ont pas volontairement prévenu la comparaison qu'on pourrait faire avec le jeu vidéo en exécutant un découpage très élaboré, très rapide, et des mouvements de caméra qui sont centrés sur les voitures/personnages.

Le film a beaucoup été comparé à une autre forme d'art : la peinture. Ceci n'est pas faux.

J'en viens à l'essentiel maintenant. Quelle a été l'ambition des frères Wachowski à traverts cette oeuvre ? Il suffit d'observer. La perspective n'existe pas, comme on l'a vu avec le superflat. Ajoutez à cela les couleurs complètement pop, les environnements (architecture, construction de l'espace, monde représenté) hautement improbables, totalement et visiblement imaginaires, les mouvements de caméra résolument impossibles ainsi que des courses absurdement irréalistes, et vous arrivez à cette idée que l'ensemble du film est une construction totalement retravaillée, ARTIFICIELLE du premier au dernier plan et pixel. A quoi bon ? Tout simplement parce que, à travers cette artifcialité, CA MARCHE !!! Sans une trace de réalisme, Speed Racer nous embarque dans une histoire abracadabrante et totalement manga (on reconnaît nombre de cris, de manières de montrer les mouvements, les combats, directement issus du manga, immobile et animé).

Speed_racer1

Certains ont dit que tout cet argent n'a servi qu'à faire des images clinquantes, des explosions et des courses débiles. Mais alors pourquoi cette recherche très complexe que les acteurs ont décrit lors du tournage, consistant à toujours créer derrière les acteurs un environnement plat afin de supprimer toute perspective ? Pourquoi tant d'efforts pour rendre le moindre détail improbable, extrême, extravagant ? Pourquoi une histoire aussi éloignée de la vie de tous les jours, avec des personnages aussi irréalistes et absolus ? Il ne peut y avoir là qu'une démarche volontaire, réfléchie, une démonstration, une preuve par l'image, comme l'est la trilogie Matrix. Les Wachowski révèlent ainsi une constance dans leurs ambitions et dans leur démarche artistique qui devrait réhabiliter, au moins partiellement les deux suites du premier Matrix, que d'aucuns considèrent comme des machines à fric vides de sens.

Bien évidemment, pour toucher sa cible, le film devait fonctionner, lorsque les lumières s'éteignent et qu'il ne reste plus qu'une salle face à une image. Le scénario ne brille certes pas particulièrement par son brio, mais il sert parfaitement son sujet. Qui plus est, il se permet d'être malin par moments, et, surtout, il est cinématographique, du début à la fin de la course. Les Wachowski, au-delà de la qualité d'écriture de leurs scénarios, ne font pas de la littérature. Ils font du cinéma, du mouvement, de l'image en mouvement perpétuel, de l'émotion en fluctuation constante, en tension éternelle. La réflexion, dans cette oeuvre, révélant ainsi plus clairement les modes de fonctionnement de Matrix, ne se fait que minoritairement par le texte. Du moins dans ce film. Non pas que le thème de la multinationale très très méchante et du héros et de sa famille ne compte pas, mais tout le monde sait comment cela va finir avant même le début, et les deux frérots le savent très bien, eux aussi.

Pour preuve ? Beaucoup ont accusé les Wachowski de filmer les scènes de discussion entre Rex, le grand frère, et son petit frère, héros du film, avec leurs pieds, sans se fouler, en champs contre-champs simplistes. Ce sont des moments importants pour la construction de l'intrigue émotionnelle. Jamais les frères Wachowski n'auraient bâclé une scène, quelle qu'elle soit. S'il y a une chose qu'ils sont, c'est des faiseurs de talent (j'évite le côté métaphysique ici). N'est-ce pas, au contraire, une manière des frères de montrer cela comme une convention, comme quelque chose de connu, qui n'est pas vraiment leur propos, pas vraiment la manière dont ils vont mener ce film ? La relation entre les deux frères héros, la vraie relation, transparaît à l'écran, de manière très forte, lors de cette course du jeune frère, au début, contre le chrono, contre le record de son frère, contre une voiture fantôme que lui seul voit (et le spectateur avec). C'est alors que l'on touche l'émotion effleurée dans ces scènes de dialogue du début, c'est alors qu'elle atteint son paroxysme. Je pense que ces dialogues, filmés de manière basique et systématique, sont une note d'intention, montrant que les mots ne sont pas ce qui compte, qu'ils ne sont qu'une extension d'un objet total, oeuvre d'art avant tout visuelle, sonore et émotionnelle, qu'ils sont incomplets sans l'image. D'ailleurs, à moins que quelqu'un me contredise, il ne me semble pas qu'après ces discussions d'introduction, on retrouve cette manière de faire. Par la suite, même les visages deviennent des voitures de course, traversant l'écran, tournant et virevoltant, à l'image de ces commentateurs passionés, chacun dans son box, chacun dans sa langue, poursuivant ce qui se passe à l'écran.

Le scénario sert le film. C'est cela l'essentiel, je crois. De la même manière que les effets spéciaux, les acteurs, les mouvements de caméra... tout dans un film, sert l'objet final. Les Wachowski ont dû comprendre ça à leur berceau...

Speedracer_800x600

Nous approchons de ma conclusion. J'espère vous avoir retenu jusqu'ici, avoir réussi à lever un coin de voile sur ce que peut être cette oeuvre d'art. Et c'est un point sur lequel je voudrais insister. Au lieu de faire un simple blockbuster en se reposant sur leurs lauriers, les frères Wachowski ont voulu prendre à contre-pied ce que l'on fait aujourd'hui dans le domaine, et démontrer, littéralement, que l'impossible était bien possible, et qu'on pouvait toujours prendre un plaisir extraordinaire devant un blockbuster. Et le résultat est une oeuvre d'art visuelle, une peinture en mouvement, faite de personnages bien humains, à caractérisation manga, intégrés dans un festival d'effets spéciaux qui, en ne cherchant plus à imiter la réalité, mais en créant leur propre réalité, leurs propres règles et couleurs, aboutit à ce que pourrait être une peinture impressionniste animée. Ce n'est pas pour rien qu'au moment le plus important du film, la fin de la dernière course, tout ce qu'il reste c'est une voiture perdue au milieu d'une route qui devient un effet optique recouvrant tout l'écran. Le message est clair : le film entier est une création visuelle absolue.

En cela, Speed Racer rejoint un certain cinéma expressioniste allemand. Dans une longue interview extrêmement intéressante John Gaeta, le superviseur des effets visuels, explique dans quelle optique le film a été conçu visuellement. Dans le manga animé, il existe un certain nombre de techniques visuelles, de déplacements et de mouvements de caméra qui ne sont pas réalistes mais qui visent à créer une certaine impression. Une des techniques utilisées sur Speed Racer était un système de bulles virtuelles qui permettaient d'intégrer les personnages dans un paysage à 360° et à plusieurs couches d'éléments pouvant se déplacer dans plusieurs directions. A cela s'ajoute un système de lentilles virtuelles, que l'on peut régler différemment sur n'importe quel élément de l'image, créant par exemple un paradoxe visuel entre le premier plan et l'arrière plan.

Comme le dit Gaeta, il y a deux types d'effets spéciaux dans ce film. Les premiers ont pour précurseur Sin City, qui était une tentative de recréer à l'écran un comics, y compris dans ses spécificités visuelles. Les seconds sont issus de Eternal Sunshine of a Spotless Mind, de Gondry, et consistent en un montage tel qu'il en vient à devenir un effet spécial à part entière. S'adjoint à cela l'ambition de créer un film pour la Haute Définition, qui n'ait pas le grain qu'ont habituellement les films mais la netteté et l'apparence lisse d'une oeuvre pop art aux couleurs éblouissantes.

Nous avons donc une oeuvre expressioniste, pop art et manga animé (le premier à être réellement un manga animé, non pas en tant que transposition d'un manga à l'écran, mais en tant que re-création d'un manga live, c'est-à-dire produisant le même effet qu'un manga animé produirait sur le spectateur). Tout cela dans le but de FAIRE RESSENTIR, de créer une émotion. C'est en cela que je disais que les frères Wachowski allaient à l'encontre de la plupart des blockbusters actuels, parce que, paradoxalement, tout vise l'émotion, la sensation. Et cela marche. On ressent, on est touché par ce que vivent les personnages à l'écran.


Pourquoi ai-je tant aimé Speed Race ? Pourquoi suis-je donc en train de vous conseiller de tout coeur d'aller le voir ? Parce qu'à travers ce film, les frères Wachowski nous rappellent ce qu'est l'essence du cinéma, ce qu'il peut être : un plaisir, visuel, émotionnel, du mouvement. Un art qui, à travers son artificialité, crée quelque chose de bien réel, et de bien palpable : des émotions fortes. Vous croyez que le cinéma n'est qu'une machine à fric ? Voyez ce film. Il est un risque énorme que les Wachowski ont pris, pariant sur la curiosité et le désir de découvrir quelque chose de nouveau, remettant tout sur le tapis et démontrant qu'ils sont tout sauf les pions d'une industrie formatée, trompant, comme avec Matrix, cette industrie, leurs producteursquant à leurs ambitions véritables. Au vu des résultats actuels, je dirais qu'ils ont perdu leur pari.

Sur quoi puis-je appuyer mes dires ? Je dirai simplement que j'étais assis entre deux jeunes femmes qui ne seraient pas allé voir ce film sans moi, que nous avons tous les trois pris un plaisir énorme, et inattendu, et que la salle a applaudi à la fin du film ! Aucun rire mal placé comme il a pu y en avoir au moment de la mort de Trinity. Les Wachowski ont, je l'espère, retenu la leçon, et ne prennent plus la grosse tête. Ils continuent leur petit bout de chemin, en bons geeks, et en toute simplicité et réflexion. Après tout, comme moi, comme vous, ils aiment le cinéma, et ils réalisent les films qu'ils prendraient plaisir à voir. En cela, ils sont artistiquement intègres.

Le film, au final, n'est pas un chef d'oeuvre, les failles existent, pas mal de gens n'aimeront certainement pas, mais je tenais à défendre cette oeuvre qui, à sa manière, est un nouveau jalon du cinéma, comme Beowulf, de Zemeckis en est un, comme Avatar de Cameron en sera un, je l'espère de tout mon coeur. Elle l'est, à sa manière, en tant qu'oeuvre de pop art. Ne reste plus qu'à laisser une chance au film et à accepter de se laisser porter et de rentrer dans cette illusion d'optique des frères Wachowski. Sans oublier que c'est une oeuvre qui ne se prend pas au sérieux, qui a un fond très enfantin, et que ce n'est pas un film d'art et d'essai, mais bien un divertissement !

Voici un excellent article sur l'excellent site de L'ouvreuse, avec tout plein de connaissances sur le film et son background, que je n'ai pas, et que je vous recommende chaudement :
http://louvreuse.net/Analyse/speed-racer-et-le-superflat.html

Et pour compléter tout ça un autre bon article sur le film, cette fois en anglais. SI vous en trouvez d'autres, n'hésitez pas à en mettre le lien en commentaire...
http://www.subtraction.com/archives/2008/0605_go_speed_rac.php

Pour les réfractaires à Matrix ou simplement les curieux, voici une analyse du début de Matrix, snapshots à l'appui, avec l'introduction de quelques éléments clés de compréhension.
http://louvreuse.net/Analyse/the-matrix-la-premiere-sequence.html

Et si vous avez vraiment envie d'aller au bout des choses, vous trouverez ici un dossier très complet avec de longues interviews de l'équipe créative de Speed Racer :
http://www.vrmag.org/speedracer/

Ps : je suis très curieux de voir ce que vous pensez de cette critique, donc je serais plus qu'heureux si vous me laissiez un petit message...

Posté par dgrv à 00:51 - Cinéma - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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17 juin 2008

A l'aide !

Il est 7h44 du matin. Planqué dans mon lit, je sors d'une nuit sans sommeil. Un livre à la main l'instant d'avant. Avant de rallumer cet ordinateur qui, pour la première fois depuis une ou deux semaines, s'était éteint. De sa propre volonté. Un geste maladroit, un fil qui tombe. Et voilà cette adjonction à ma personne, ce speed up, drogue qui s'instille dans la moindre pore de ma peau, aspiration de tout et de rien, qui s'empare de ma vie. Je m'y désincarne, m'y évide, accèlère le rythme insensible de ma vie...

L'ordinateur éteint, j'essayais de dormir. Mais impossible. Silence radio, perdu dans la nuit solitaire, je suis allé chercher des réponses à ce silence incessant qui m'obsède. Et je les ai trouvées dans cette bibliothèque acquise longuement, ce grand pan de livres traitant de mondes qui n'existent pas, dans un futur si lointain, si fascinant, dans un monde qui n'existe pas ailleurs que sur ces pages écornées, derrière ces couvertures si ridicules qu'on s'y attache. Et ces mondes dont je remplis ma tête, plus réels pour moi que le monde réel.

Ce fut donc Fahrenheit 451, lorsque mes yeux tombèrent sur ce titre, qui me parla. J'aime à penser, que chaque livre a sa raison d'être, son mot à dire. Le livre que vous ouvrez, s'il est le compagnon parfait pour ce moment unique dans votre vie, si votre nez de limier a su dénicher l'oeuvre qui répond à vos questions et vous ouvre les portes que vous désirez franchir, est un miroir de vous-mêmes.

Et à la page 108 de ce bouquin terriblement poétique et fin, tellement inattendu, que je n'avais jamais fait que rêver, je ne peux que relever la tête et me dire : c'est ça ! Ce monde dans lequel Montag vit, ce monde où tout n'est plus que loisir vide, sons insensés, c'est celui que je me suis créé. Ce monde où plus rien ne fait sens, où tout n'est que fuite et illusion de bonheur, c'est celui dont je me suis entouré.

Moi qui n'avait ouvert un bouquin de science-fiction en six mois, cherchant autre chose, combien je me suis perdu... Que reste-t-il de ce projet de vie que j'ai toujours voulu avoir ?

Me regardant en face, en cet instant, je ne peux que constater à quel point je suis terrifié par l'idée de vieillir, de perdre mes facultés, avant de disparaître à jamais. Perdre tout... que cette pensée est douloureuse. Combien la vision des chairs fanées et qui bavent, incapables de se mouvoir à vitesse normale, libre, dont d'autres doivent s'occuper, me répugne et me dégoûte.

Et moi, qui était un être humain si plein, je ne ressens plus rien. Les films sont les seuls refuges où je parviens encore à être touché. Rien d'autre, ni sentiment de responsabilité, ni sens de la réalité, rien ne m'atteint. La douleur s'est enfouie, plus de larmes, plus de rêves fous et de révélations mystiques. Tout ce qu'il me reste ce sont de vagues sentiments de désespoir étouffé et des bouffées d'espérance vite noyée. Ne rien faire, perdre mon temps, passer ce temps si précieux à ne rien faire, littéralement, est devenu mon refuge. Avant, au moins, je lisais, j'écrivais de la poésie, j'allais me promener dans la rue, la nuit, réfléchissant...

Mais ce sentiment de solitude intense, absolue, ce vide intérieur, c'est tout ce qu'il me reste. Ma vie est devenue insensée. Prisonnier d'ici, je ne cherche même plus à m'échapper. Je ne suis plus nulle part. Ni ici, avec vous, dans le monde virtuel, ne serait-ce que celui de la pensée, ni dans le monde réel. Et pensée obsédante, revient ce slogan, qui transparaît sur chaque notice de moment de vie : disparaître. Que ce soit en mourant, en m'évanouissant, en tombant dans le coma, en partant voyager, ne laissant rien derrière. Je n'ai pas de vie, pas de courage, pas d'effort. Pas d'amour.

Je me sens marionette vie ballonée par les courants de ces deuils que je n'ai jamais fait, de ces rêves qui se heurtent à une réalité glaçante, qui me terrifie. Caché derrière mes peurs, j'ai transformé ma vie en échappatoire. mais une échappatoire qui tourne en rond.

Je ne compte plus les semaines où j'annule les rendez-vous, cesse de vivre le jour, cesse de vivre tout court, de faire quoi que ce soit. La vie s'automatise. Toutes les tâches qui demandent à être pensées s'effacent d'elles-mêmes. Je deviens un robot.

Je crois que j'ai perdu le goût de la vie. L'envie de vivre est toujours là, mais rien n'a de saveur.

Je suis comme cet homme, qui, dans un monde où personne ne pense, veut apprendre à COMPRENDRE un livre, à comprendre ces mots qui, pour lui ne font pas sens. Pourquoi ne puis-je refaire cela ? Je l'ai déjà fait pourtant. Le jour où je suis allé au cdi, en sixième, pour m'attaquer à des livres dont je ne comprenais que si peu. Mais je me cassais la tête dessus. et au fil du temps, j'ai fini par casser leur code, par découvrir leurs secrets, par aimer leur murmure complexe et structuré, signifiant et touchant. Je suis un amoureux du sens, un amoureux de la vie. Aujourd'hui, le code que je veux casser, est celui de l'action. Mais tous ces mots que j'ai, toute cette pensée, ces talents cachés, s'avèrent inutiles, face à un sceau qui demande l'action, et non la passion, la vie, et non les rêves. Et ce code-là, je ne sais comment le casser.

Apprendre à comprendre les livres, à l'époque, c'était pour moi entrer dans un monde indispensable pour échapper à un monde que je ne supportais plus. C'était un refuge sans lequel je serais mort. Aujourd'hui, je ne veux plus sortir de ce refuge. Vivre est trop dur. La réalité est devenue un monde hostile où tout me fait peur et me renvoie à ce refuge dans lequel je peux fermer les yeux sans avoir peur qu'il m'arrive quelque chose, et voyager.

La vérité, c'est que je ne vais vraiment pas bien. Et ça fait longtemps. Et malgré tous mes efforts, tout ce à quoi je peux penser, c'est ce désir, profond, de disparaître. Tout, plutôt que de subir la vie, de l'affronter, de me battre. Je ne sais rien, ne comprend rien, et crains tout. Je suis un enfant, et j'en ai marre de l'être, d'être considéré ainsi, d'être instable, irresponsable. Personne ne peut me faire confiance dès qu'il s'agit de l'action. Mais tout ce que je peux faire, c'est parler, ou demander de l'aide.

Je voudrais disparaître, mais même ça, je ne peux plus le faire. Alors je m'efface...

Posté par dgrv à 08:26 - États d'âme - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 juin 2008

THE HAPPENING

PHÉNOMÈNES (THE HAPPENING)

de M. Night Shyamalan

the_happening_poster

Voici un film que j'attendais depuis longtemps, devant lequel je m'impatientais, car c'est le petit dernier de mon scénariste/réalisateur favori.

Avec cette apocalypse aux tons gris et neutres, Shyamalan nous donne son film le plus sombre, le plus sanglant, échappant à ce fantastique humain, chaleureux et touchant qui caractérisait ses derniers films. Les personnages sont perdus dans leur vie, perdus dans une Amérique paranoïaque, où tout le monde se méfie de tout le monde, où chacun se réfugie derrière une porte et repousse les autres, quitte à les détruire.

Les tons sont plus sombres, plus réels, les évènements inexplicables. Ne vous y trompez pas, les explications ne sont, comme le dit le personnage de Marc Wahlberg, que des théories. Tout ce qu'on sait, c'est que c'est nous qui sommes responsables. Un discours certes commun aujourd'hui, mais que Shyamalan a l'intelligence de décliner de manière personnelle et originale (je pense entre autre à cette scène où un groupe est poursuivi par... le vent !), et de le traduire par la folie collective, la folie individuelle. Celle de ce "phénomène", mais surtout celle des humains dont les protagonistes croisent la route.

Phénomènes reste certes un film imparfait, parfois un peu lourd, parfois un peu long (la scène d'ouverture à New York est si forte, que les autres scènes de même nature en sont forcément amoindries), mais à travers ce film qui suit l'échec commercial de La Jeune Fille de l'Eau, Shyamalan prouve qu'il est le Hitchcock du 21ème siècle. Je pense d'ailleurs que la thématique et le traitement si sombres de ce film sont directement liés aux mésaventures que Shyamalan a connues précédemment.

A ce propos, quelques touches d'humour viennent relever par moments une ambiance oppressantes dès le début. Quelques touches d'humour bien placées, efficaces, et quelques scènes plus intimes, plus touchantes, que l'on aime ou que l'on trouve trop hollywoodiennes (voire trop bollywoodiennes), mais qui caractérisent malgré tout Shyamalan (l'aspect humain de ses personnages). L'évolution du couple Wahlberg/Deschanel est d'ailleurs le seul élément positif de tout le film. La vision de l'amour qu'ils incarnent ici est bien sombre, malgré tout. L'amour doit se travailler, se mériter. On doit se battre pour lui, donner tout ce qu'on a. Et marquant début que celui où, en plein milieu de cet événement tragique, le couple connaît des difficultés, voyage séparément; ne se parle pas. Et, comme toujours chez Shyamalan, l'amour mène l'intrigue, dépasse tout.

Tout ? Non, et c'est bien la première fois. L'amour ne guide que ces trois personnages principaux, non l'histoire dans sa globalité.

Ces personnages sont d'ailleurs parfaitement interprétés par un choix d'acteurs comme toujours sans faille. Mark Wahlberg n'est certes pas Bruce Willis ou Paul Giamatti, mais il correspond parfaitement à son personnage. Zooey Deschanel, avec ses grands yeux, semble posséder une qualité enfantine. Ils sont d'ailleurs trois enfants, deux grands, et une petite fille. Mark Wahlberg est, comme le dit un personnage à un moment, "résilient". Il ne laisse jamais tomber. La scène où il essaye d'appliquer la méthodologie scientifique qu'il enseigne, dans l'urgence absolue, est d'ailleurs extraordinaire, d'une intensité rare. Comme chez Hitchcock, les acteurs sont chez Shyamalan avant tout des outils dans une construction scénaristique maîtrisée totalement avant même le début du tournage.

Pas de twist final, pas de jeu ici. Shyamalan n'apparaît plus. Il n'est qu'un personnage absent, Joey, celui qui harcèle Alma au téléphone. Son film est moins personnel que ses précédents (le scénario a été refusé dans un premier temps et Shyamalan a dû le retravailler. Une première pour lui !), moins extraordinaire. Mais j'espère qu'il aura enfin la reconnaissance et le succès qu'il mérite, parce que le bonhomme est un grand réalisateur, et un excellent scénariste !


Posté par dgrv à 21:46 - Cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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