La plupart du temps, nous vivons sans nous poser de questions quant aux véritables raisons de nos choix et habitudes. Il nous suffit d'avoir une vague idée de pourquoi nous travaillons ou étudions dans tel domaine plutôt que dans tel autre, pourquoi nous avons une certaine attitude, certains amis, certain(s) amour(s). Ce sont les à priori qui fondent notre quotidien.

 

Mais comme les voitures, si nous voulons ne pas nous retrouver en panne en plein milieu de nulle part, nous avons fondamentalement besoin de subir des révisions plus ou moins approfondies, de revoir nos choix, de questionner nos habitudes, de déconstruire pour rebâtir différemment, parfois brique par brique.

 

J'ignore comment cela se passe pour d'autres que moi. Mon expérience personnelle est ce qui me sert de référent dans le domaine. On ne peut vivre sur un questionnement permanent. Pas sous peine de perdre les avantages des systèmes, des habitudes qui nous permettent d'agir avec le plus petit temps de transmission entre le désir/nécessité et l'acte.

 

Je pourrais comparer l'être humain à un système politique, à n'importe quelle organisation, même à la planète Terre. Souvent, nous repoussons à plus tard et cette révision nécessaire ne se fait qu'à la suite d'une crise grave, après que notre corps/esprit soit durement éprouvé par l'inadaptation de ce qui le fonde.

 

Lorsque j'ai commencé à écrire ce message, il y a de cela deux semaines, j'étais en pleine crise, en pleine révision. Ma manière de penser le monde était devenue totalement inadaptée. Mon idéologie, totalement inefficace. Moi qui m'était toujours considéré et rêvé comme un créateur, j'ai dû intégrer cette réalité qui est peu à peu devenue la mienne : 50 heures de travail par semaine, la moitié au macdo, l'autre dans un vidéoclub. Chacun de ces deux boulots m'apprend quelque chose et je désire le conserver. Pour l'instant. Même si le premier me donne envie de fuir, sorte de condensé de ce que j'ai toujours cherché à éviter, la réalité et ses règles absurdes à l'état pur, sa stupidité. Le deuxième est un plaisir extraordinaire, mais toujours sous la menace, la sensation de peur absolue de le perdre d'un instant à l'autre.

 

Bref, cela fait deux mois que je n'ai pas écrit un mot, que tous mes projets sont tombés à l'eau, d'eux même. La réalité s'est imposée.

 

Quelques réalisations aussi. D'abord, au final écrire des scénarios est une entreprise éprouvante, où la concurrence a quelque chose de cauchemardesque. Et qui me terrifie trop. J'ai toujours eu cette perception de moi comme étant capable de faire des merveilles. Et plus le temps passe, plus Noam a raison : une forme de cynisme et de considération générale désabusée s'installe chez moi. Je découvre toute la distance entre cette vision rêvée, et ma profonde incapacité à agir, implémentée par le fait que je n'essaye pas, de peur de ne pas être parfait du premier coup, du peur d'échouer et d'avoir mal. Ce qui pourtant fait partie du processus normal de la vie et du fait de grandir. Mais pas de ma vie. Jamais.

 

De fait, je pourrais dire que je m'exclus volontairement de la vie, exactement comme lorsque, enfant, je restais dans mon coin plutôt que de m'aventure là où étaient les autres, refusant tout contact, me faisant passer pour invisible. Quelque chose comme une terreur pure.

 

Alors, ne faisant qu'accepter ce que mon comportement réel m'impose, je change mes valeurs, découvrant que je désire plus les films que les gens, que le cinéma est au-dessus de mes amis, en terme d'importance et de valeur. Et cela fait étrange à dire, et il y a quelque chose de fondamentalement offensant et désespéré dans cela.

 

A travers un désespoir insupportable, une insensibilité et une passivité, directes conséquences de la souffrance sans fin qui m'habite, j'entre dans une phase nouvelle de ma vie, une phase dans laquelle je me replie, abandonnant mes rêves et sentiments sur le chemin. J'ai la sensation de devenir un fantôme la plupart du temps. Les seuls moments où ce n'est pas le cas, sont ceux où, après plusieurs heures avec mes amis ou mon aimée, en général, quelque chose décoince en moi. Alors seulement, l'insensibilité s'efface, l'anasthésie du coeur s'en va, je retrouve cette humanité qui m'habite, construite sur une souffrance de chaque instant, une tension de chaque instant. Alors, chaque seconde est un combat, chaque réaction une peur incarnée, un désir refoulé.

 

Entre une souffrance permanente et une fausse paix, il se trouve que je choisis la seconde, vie passive et abandonnant la plupart des espoirs que je me suis construis.

 

Evidemment, tout système est vicié quelque part, à terme. La preuve en est lorsque mes amis déboulent soudain dans mon univers. Alors, tout s'effondre comme un château de carte. Ou alors lorsque je suis avec celle que j'aime. Alors, la force de ce que je ressens et désire me dépasse, me chamboule et me remet à ma place dans la réalité. Cela ne va pas sans heurts évidemment.


 

In a world less real than a tie on a catfish

shapeless, i walk and talk to nameless faces

no eyes, no souls, alone, i may be. And may not.

Life seems easier not lived.

 

Tout cela reste une illusion, une stratégie de mon inconscient pour éviter toute souffrance. Mais c'est ma réalité pour l'instant. Et vu comme je suis habité par la terreur de m'aventurer dans quelque chose de nouveau, cela risque de durer.

 

Mes rêves de création attendront une nouvelle vie, que ce soit au sens figuré ou non.

 

Bien à vous.
Portez-vous bien.
I love you.