C'est étrange comme le monde peut vous affecter parfois... Voici un poème pour une amie qui a perdu un cousin et ami proche.

Il est brut, peu retravaillé, et j'ai décidé de le laisser tel qu'il était après moins de deux heures de travail. J'avais dit ce que j'avais à dire, et ce n'était pas une recherche d'art, simplement une forme d'expression d'un espoir de vie.

 

 

AURÉLIE


Quand cet ami te quitte

mon amie

c'est tout un monde qui s'en va

Une singularité soudain en vadrouille

qui a perdu son sens, ses rêves, a laissé tomber l'ici

et simplement, a pris ses jambes à son cou

sans vraiment de pourquoi, ni même quoi que ce soit


Mon amie,

tout se dissout, s'évapore, ne reste que ce vague parfum d'un être

et de la couronne d'objets et de pensées, de liens et d'espérances perdues

brisées, par ces choses de la vie

mots

ces choses qu'on ne dit pas, qu'on garde pour soi, qu'on souffre au plus profond

si profond

si loin de tout, bruissement qui nous touche invisible

et cette virulente douleur, pourtant, est le sida du coeur

l'âme se flétrit, croit mourir, Icare, plus proche du soleil

de celui qui, parti, lumière et présence éternelle

nous veille

du côté qui est, sans plus se battre, calme, immobile


Aurélie,

l'ailleurs, étrange, d'un monde qui s'ignore désormais

flotte autour de toi, chaque jour de ta vie

jusqu'à ce que mort s'en suive, au long cours d'un chemin

où j'espère te croiser nombre fois, et nombre encore, et nombre jusqu'à vieillir d'avoir vécu

intensément


deuil d'aimé, aujourd'hui, du printemps à l'hiver

c'est le temps, c'est le temps et lui seul

linceul de nos errantes souffrances, qu'intransigeants nous sommes

et se battre, laissés à nous-mêmes, cette brisure, névé d'écorce en écorce d'une Terre soudain vide

je las

sans t'aider

souffle étrange dans les bras, le cou

reprendre cet insoluble goût

à la vie

post trauma, post mortem


Aurélie

cet instant

son coeur a fini de danser, léger

le tien a sursauté, tremblement de foi, hurlement prolongé

et quelque chose ne sera plus jamais comme avant

c'est con, ça fait mal, c'est comme ça


t'as une envie de défoncer le mur à coup de tête et de n'importe quoi

(il sera de l'autre côté, certitude de condamnée)

mais le mur, il s'en fout, et l'autre côté n'est qu'un vide de plus


Aurélie

le vide n'appelle pas le vide

le vide appelle le plein

crée

danse

hurle

joue

écris

pleure


tant que tu vis, je serai là

et le reste du monde

et même cet ami

qui n'est plus

sera toujours dans l'air du temps

de ton temps

chaque année

chaque mois

chaque semaine de ta vie

le plus petit jour de n'importe quelle semaine

l'heure la plus insignifiante pour qui que ce soit

d'autre que toi

chaque minute

chaque seconde

et chaque fraction de fraction de seconde

il sera là

Porté en toi, parce que tu te bats, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à tomber sur le sol

et respirer âprement cet air qui t'épuise

à force de ne jamais lâcher ce désir de vie, si intense, si voilé d'incertitudes


Tout passe

Le lien

réel

est


L'horizon, au loin, commence à se réchauffer doucement, les nuages semblent moins épais.

Au réveil, c'est un bout de soleil qui ouvre la danse. Fermer les yeux, et sentir passer sur ses paupières, ses joues, lentement descendre sur les épaules, les mains cette chaleur qui rend la peau plus sèche et semble envahir le corps entier ... Se rappeler l'intensité chaotique de la nature, les craquements d'un bois l'été, l'odeur de sapin et des mille fleurs d'une prairie, entrevoir un cerf qui s'enfuit au loin...


Aurélie

à jamais espérer

ne jamais baisser les bras

à jamais aimer

toujours, tant qu'un souffle de vie

être là, réelle, le coeur qui bat la chamade, la Merveille

cet arcensoir dont tu as ouvert les portes

guide nos pas