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Lieu de mes textes et de mes voyages. dgrv

09 juillet 2009

Sa Majesté la Courge

Voici un petit texte écrit en collaboration avec mon amie Emilia, il y a quelque temps de cela. Je tiens à ajouter que si quelqu'un souhaite illustrer ce petit conte moral, ce serait génial !

LES CONTES DU POTAGER

SA MAJESTÉ LA COURGE

Dans le ventre de la Courge vivait une large population de Cotillons, peuple élu et sujets digestifs de Sa Majesté la Courge, portant chapeau noir, barbe et papillotes. Ceux-ci se nourrissaient de tout ce que la Courge avalait et étaient capables de tout digérer pour elle. Sa Majesté la Courge aimait bien ses nombreux sujets et se sentait plus importante de les avoir sous ses ordres. Ils lui obéissaient toujours en tout et la chérissaient. Elle les autorisait à faire la fête tous les soirs, bercée par la musique qui venait de l'intérieur. Les Cotillons étaient heureux et digéraient, alors elle se sentait bien.

Mais Sa Majesté la Courge avait un gros défaut : elle était fort orgueilleuse. Mal lui en prit.

Un jour, Le Grand Potiron prétendit qu'il était supérieur à elle parce qu'il pouvait manger des pierres et les digérer, contrairement à certaine courge de sa connaissance ! Furieuse, Sa Majesté la Courge se répandit en invectives et saisit le Potiron par ses racines. Prenant les Carottes pour témoin, elle avala la première pierre qui lui passa sous la patte. Les Carottes hoquetèrent d'horreur.

Ce qu'elle ignorait, c'est que le Grand Potiron était rongé de jalousie, au point d'en devenir vert. Ayant pris les Carottes en otage, il les avait obligé à fabriquer un poison à base de plante qu'il avait répandu sur toutes les pierres du potager. Lorsque Sa Majesté la Courge avala la pierre, elle ressentit une crampe à l'estomac. Puis, elle se sentit mal. Très mal.

Lorsque Le Grand Cotillon sortit de sa case pour aller déjeuner, il découvrit une énorme pierre de la taille d'une montagne, d'une couleur vert-bleu peu ragoûtante. Sonnant la cloche du repas, le Grand Cotillon saisit dix morceau de pierre de ses dix petites mains et les porta à ses dix bouches. Instantanément, il fut pris d'atroces vomissements et tomba sur le sol courgesque dans un délire terrifiant. Les petits Cotillons se rassemblèrent autour de lui, apeurés. Revenant un instant à lui, le Grand Cotillon hurla "Gloire à Sa Majesté la Courge ! Obéissance et honneur". Un râle insupportable suivit. Puis ce fut le silence. La Grand Cotillon venait de rendre l'âme. Une pluie de mini-cotillons s'échappa de lui, se répandant dans l'atmosphère interne de la courge.

Une grande tristesse s'empara de tous les cotillons. Le dernier né, Alfred le Cotillon, qui n'avait peur de rien parce qu'il était inconscient des dangers de la vie, s'avança alors au milieu de tous. Il se lança dans un discours qui enflamma le courgettisme de ses compatriotes. "Au nom de Sa Majesté la Courge et en mémoire du Grand Cotillon, nous allons sortir et trouver les coupables pour les punir !!!"

La troupe des Cotillons s'avança alors vers les sorties de secours éclairées de rouge, qu'ils n'avaient jamais empruntées. Mais au dernier moment, le Grand Cotillon eut un sursaut de vie et s'écria : "Non, mes chers Cotillons ! Vous devez rester pour assurer votre devoir envers Sa Majesté la Courge !" Puis mourut une deuxième fois.

Alfred le Cotillon divisa alors le peuple élu en deux. Les uns restèrent sur place pour digérer, et les autres remontèrent les escaliers de secours qui menaient à la surface. C'était la première fois qu'ils sortaient et leur peur était grande. Mais leur courage était plus grand encore.

La Courge, souffrant d'un atroce mal d'estomac, gisait sur le sol, ses pattes ployées, immobilisée par le poison qui se répandait en elle, émettant de faibles grognements. En face, le Grand Potiron dansait une folle danse de la victoire, portant son nouveau tee-shirt : "King of the potager". Son expression halloweenesque faisait peur à voir.

Malgré un vent d'une force inouïe, Alfred le Cotillon n'hésita pas une seconde et se jeta dans le vide. Tirant sur ses papillotes, il déploya son chapeau deltaplane. Utilisant ses deux papillotes comme manettes de direction, il parvint, après un long vol plané, à atterrir sur le Grand Potiron. Tous ne parvinrent pas à destination, et son coeur fut déchiré par les cris désespérés de ses camarades emportés par des rafales et empalés vivant sur les branches aiguisées des arbres ou mangés par les oiseaux. Alors, suivi de ses frères et saisi d'une rage atroce, il fracassa les portes de secours, se rua dans les escaliers et tomba sur le peuple digestif du Grand Potiron par surprise. Ce fut un massacre ! La brave force expéditionnaire des Cotillons tua jusqu'au dernier des serviteurs du Grand Potiron et se retrouva dans une mare de sang. Le Grand Potiron, saisi de spasmes affreux perdit connaissance et déchira son tee-shirt en tombant sur le sol. Ce fut la tête haute qu'ils remontèrent les escaliers de secours., incapable de digérer, le Grand Potiron allait mourir sous peu.

Heureux, Alfred et ses compatriotes s'apprêtaient à rentrer au sein de la Grande Courge pour annoncer leur victoire, mais un problème demeurait : personne ne pouvait digérer la pierre, qui continuait d'empoisonner Sa Majesté la Courge.

C'est alors qu'Alfred le Cotillon entendit les voix aiguës des carottes. Dirigeant ses compagnons en vol plané vers les carottes, il se posa en haut d'une barrière qui les surplombait. Mais lorsqu'il essaya de leur parler, elles ne semblèrent pas l'entendre. Alfred le Cotillon eut l'idée géniale de reprendre la danse D'Ago-Ago, lors de laquelle les cotillons dansent en rythme et chantent en choeur. Composant un morceau sur le vif du sujet, les Cotillons se lancèrent dans un chant qui parvint à attirer l'attention des Carottes.

Il faut préciser que les Carottes sont connues à travers les potagers du monde pour leur connaissance des plantes médicinales. Et même les Cotillons en avaient eu vent. Exposant leur problème donc, les Cotillons obtinrent des Carottes que celles-ci donnent à Sa Majesté la Courge une herbe qui leur permettrait de digérer la pierre empoisonnée. L'herbe en question était de la Salsepareille, aussi connue sous le nom de Schtroumpfplante.

Ce n'est qu'alors que la force expéditionnaire des Cotillons retourna au bercail. Bénéficiant de conditions météo meilleures qu'à l'aller, ils eurent tôt fait de se retrouver à nouveau dans le ventre de leur bien-aimée Courge. Accueilli en héros, couvert de sang, Alfred le Cotillon dut encore prendre la tête de son peuple et lui faire escalader les parois raides qui menaient à l'autre bout du tube digestif de la Courge. Montant sur les épaules les uns des autres, ils parvinrent à entrouvrir la bouche de la Courge, inconsciente en cette heure grave. Lorsque les Carottes revinrent, apportant la Salsepareille avec eux, les Cotillons la tirèrent à l'intérieur. Là, des milliers de mains diligentes déchirèrent la plante en minuscules bouts. Après l'avoir avalée, les Cotillons se mirent en devoir de digérer la pierre.

Que de douleurs à l'estomac ! Tous pris de colique néphrétique malgré la protection de la plante médicinale, les courageux Cotillons continuèrent envers et contre tout à absorber l'immense montagne de poison. Finalement, alors que presque tous les Cotillons étaient étalés inconscients sur le sol, Alfred le Cotillon parvint à avaler le dernier morceau de la pierre qui avait commencé toute cette histoire insensée.

Le lendemain, tous les Cotillons ne se réveillèrent pas de cette nuit de cauchemar. Pour certains, la Salsepareille n'avait pas suffi à les protéger et ils avaient succombé au poison.

Une messe fut donnée par le Grand Rabbillon en l'honneur des morts au champ d'honneur. Alfred le Cotillon, malgré son jeune âge, fut proclamé Grand Cotillon. "Alfred au pouvoir !" fut le cri repris par tous, jeunes et vieux. Son premier ordre fut de déclarer une semaine entière de fête ! Et nul ne niera que le peuple élu des Cotillons ne l'avait mérité. Au son de la musique, les papillotes sautaient, les chapeaux volaient dans les airs, et la joie était partout.

Sa Majesté la Courge, ayant repris connaissance, mais encore affaiblie, fut heureuse d'entendre la musique résonner en elle et de savoir son peuple vivant et heureux. Consciente du prix qu'ils avaient payé pour elle, elle se jura de ne jamais recommencer.

Désormais reine sans partage du Potager, elle donna aux Carottes le meilleur coin du jardin et reprit sa vie, faite de bouffe et de fêtes interminables.

Émi & dgrv
20/06/2009

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30 mai 2009

Another story

Ce que je veux mettre dans l’histoire SF que j’écrirais.

- des mondes parallèles/artificiels/illusion. Une profusion telle et si naturelle qu’on s’y perde. Les aspects légaux doivent être assez amusants… On pourrait imaginer une population humaine mondiale réelle et simulée de quelques milliers de milliards d’individus et une population intelligente de dizaines de milliers de milliards d’êtres. Une économie et une technologie construites autour des simulations. Une communauté simulée d’inventeurs qui, grâce à l’argent que leur rapportent leurs inventions, ou les cours qu’ils donnent à des étudiants réels ou imaginaires, grâce à leurs publications (réelles et/ou imaginaires) pourraient se payer une incarnation, dans un être de chair, un cyborg ou tout type de forme incarnée.

- les lois de l’existence : il est interdit d’exister en plus d’un exemplaire à un seul et même niveau Il est possible de créer des copies de soi à tout autre niveau que le sien, en dehors des restrictions particulières qui s’appliquent à la réalité. Aucune modification ne peut être apportée à un être intelligent sans son accord explicite. Une sauvegarde légale est attribuée à chaque être réel ou simulé au moment de sa naissance. Est considéré comme intelligent, avec tous les droits légaux attenants, tout être capable de répondre au questionnaire de Friléön. Tout être intelligent bénéficie du droit d’exister jusqu’au point de non-retour, également appelé test de folie(obligatoire tous les cinq ans, selon le temps de référence de l’environnement de l’être en question). Une fois ce point atteint, la destruction est obligatoire. Tout être intelligent dispose du droit de faire naître 3 êtres intelligents, dont 1 au maximum réel. Il peut vendre ce droit à un autre qui en disposera à sa guise.

- le marché des droits de naissance brasse d’énormes quantités d’argent.

- les lois de la simulation : n’importe qui peut induire une simulation. Tout être simulé doit être soumis au questionnaire de Friléön et les lois de l’existence s’appliquent à lui. N’importe qui peut acheter des droits de naissance supplémentaires au Gouvernement Planétaire par l’intermédiaire des entreprises concernées et au prix de vente fixé selon le cours du marché, en fonction de la demande mondiale.

- les lois de l’incarnation sont très sévères, à cause des ressources disponibles et de l’espace terrestre. (Il est par exemple interdit de faire s’incarner des êtres de niveau 2 ou plus. La Terre est entourée de stations. Un réseau très développé de stations (Les stations sont au nombre de 233) reliées en orbite autour de la Terre et (quelle population ? Quelle technologie ?) qui sert également de port spatial.. Nous sommes en effet à l’ère où la navigation est en train de devenir interstellaire. Le coût en est énorme mais elle est possible grâce aux techniques de l’incarnation et de la simulation. Ces techniques de pointe laissent envisager une conquête à très long terme de l’univers. On peut en effet concevoir des corps adaptés à chaque environnement, qu’il soit planète ou espace. Les communautés envoyées sur des vaisseaux qui représentent la pointe de la technologie humaine sont mille fois plus nombreuses que les possibilités d’incarnation du vaisseau. Elles assistent les incarnés dans la construction d’un monde nouveau.

- Vaisseaux spatiaux : ils ne sont pas intelligents, mais reposent sur une multitude de cellules simulant chacune une intelligence protohumaine non consciente qui gère des processus logiques de contrôle du vaisseau. Les décisions sont prises par la communauté simulée du vaisseau. Il faut absolument au moins un homme né génétiquement de parents réels et qui a accepté de se faire désincarné pour commander le vaisseau. En 741 de l’ère spatiale, les vaisseaux interstellaires embarquent une communauté initiale de 1 000 000 d’habitants en gros et ont une capacité d’incarnation d’environ 10 000 cyborgs et êtres humains. Est-ce une solution à la population mondiale ?

- Les vaisseaux disposent d’un système automatisé d’entretien et de réparation. De plus, des automates de tout type peuvent être montés à partir des éléments de base dont dispose le vaisseau, asservis à un ou plusieurs êtres intelligents, et effectuer les réparations nécessaires avec toute la précision exigée.

- Quelles sont les vitesses qu’atteint un vaisseau spatial ? La limite théorique est la vitesse de la lumière. Comme il n’y a pas d’incarnés sur les vaisseaux spatiaux de deuxième génération, ils peuvent atteindre un peu plus des 4/5è de la vitesse de la lumière en accélérant progressivement mais rapidement.

- ID unique valable dans la réalité ou dans les différents niveaux de simulation. (en général les êtres réels ne descendent pas dans des niveaux de simulation hyperélevés. On parle de générations dans le temps, et de niveaux dans la simulation. Une simulation à l’intérieur d’une simulation est un niveau 2. Les recherches sur l’intelligence menées par plusieurs groupes de scientifiques combinés (réels et simulés) reposent sur des simulations de niveau 10, voire 100…

- un des dangers existants pour l’homme, assez limité heureusement, mais dont l’étude n’a pas progressé, est l’accès inopiné et inexpliqué de systèmes de simulation à l’intelligence. Chaque fois que cela se produit, le cancer est isolé, mais les dommages sont assez importants : de grandes quantités de données stockées sont corrompues, détruites ou inutilisables et les êtres simulés meurent par centaines de milliers. Plusieurs entreprises se concurrencent au niveau mondial pour assurer la défense contre le cancer intelligent : système de portes informatiques qui isolent l’endroit où le cancer se déclenche, systèmes multiples de surveillance, reprogrammation préventive et prévision de bugs. Apparemment le système de simulation dans la simulation ne permet pas de prévoir et encore moins prévenir le cancer intelligent. Au contraire, plus le niveau de simulation est élevé, plus le risque d'apparition de cancer intelligent est grand. Des cas où le cancer sort de son niveau ont été constatés. Ils restent une minorité mais correspondent aux plus grandes catastrophes mondiales de par leurs conséquences.

- La répulsion qu’éprouvent unanimement tous les êtres intelligents pour le cancer intelligent tient aussi à ce qu’on estime qu’une telle intelligence bascule quasi instantanément dans la folie, étant trop large et non spécialisée. On estime généralement, et sans preuve, qu’elle ne peut se construire de manière à éviter la folie. D’où entre autres le fait que personne n’a jamais pris au sérieux l’idée de considérer un cancer intelligent comme responsable ou comme un être avec des droits. C’est une plaie, une maladie, pas une forme réelle d’intelligence. Un cancer, oui.
>un cas de cancer intelligent différent, très rare, qui ne détruit pas tout mais reste indétecté. Contacts très réduits avec les hommes. L’humanité a peur de l’intelligence non contrôlée et non générée par elle.

NE
- Dans les voyages interstellaires, les hommes entrent en contact avec les NE. La simulation joue un grand rôle dans cette attirance des NE pour la race humaine. Un lien entre le cancer intelligent et les NE ? Problème pour les voyages interstellaires ? Peur de les attirer ?

- Pour bien saisir la violence du rejet des NE par les êtres intelligents, il faut comprendre que les NE vont à l’encontre de tout ce que la science et les hommes admettaient comme évident jusque là, tout ce qui formait le socle des croyances de l’espace ICO : ils représentent l’intelligence ultime que tout le monde croyait impossible et qui repose sur un principe de vie à l'opposée même de la fondation corporelle des humains.

- aspect sociologique : différence de réaction entre la population réelle, simulée, humaine ou simplement intelligente.

- le cancer intelligent silencieux entre en contact avec le NE. Ce sont les deux formes d'intelligences les plus proches dans leur syntaxe existentielle.

- le NE parle aux hommes à travers l’un d’entre eux ? Un ou plusieurs ? Simulé ou réel ? En fait il n’y a pas véritablement de dialogue, seulement ce que quelques-uns des interlocuteurs des NE ont révélé au reste de l’Humanité. Mais l’essentiel est resté entre les NE et ceux à qui ils ont parlé.

- l’environnement. Question complexe. Le niveau technologique est très élevé. C’est lui qui fonde l’économie postérieure au Grand Chaos. Les technologies spatiales y jouent un grand rôle, et ce bien avant le projet Baba Ïaga et la première station orbitale. Comment ? (me renseigner sur tout ce qui serait applicable) En gros, toutes les technologies reposent sur l’idée, non seulement de ne pas polluer, mais toute technologie s’intègre d’une manière ou d’une autre au nouvel équilibre environnemental de la planète. C’est un travail immense qui serait absolument impossible sans la simulation.

- histoire : comment cette société s’est-elle développée ? Quelles sont les influences culturelles, les mœurs, les restes du passé ? Quelles sont les appartenances de chacun ? Comment les pays et les particularités se sont-elles effacées au profit d’un Gouvernement Planétaire ? Quels sont ses pouvoirs ?

- architecture : à quoi peut ressemble visuellement, et à vivre, la réalité de 741 ?

- chronologie :

0 :    L’année zéro, le point de départ de l’ère spatiale.
67 :   Premier être simulé supposé avoir atteint l’intelligence.
172 :   Création du questionnaire de Friléön
274 :   effondrement de l’économie mondial. La plus grande crise de l’histoire humaine.
274-317 :   Le Grand Chaos. Plusieurs explosions nucléaires. Résurgence des guerres. Situation catastrophique au niveau de l’environnement. Dérèglement du climat. Montée brutale du niveau de la mer. Destruction de la quasi totalité des zones côtières. Explosion des frontières politiques. La population humaine a diminué de deux milliards durant cette période. Transition violente et obligée d’une économie intensive et productiviste à une nouvelle économie qui repose sur la simulation et le règne de la technologie. Abandon du travail tel que nous le connaissons. Les difficultés liées à cette transition ne deviendront négligeables que vers 400, et ce grâce au changement progressif des mœurs.
381 :    Création du Gouvernement Planétaire
437 :   Première colonie rentable, établie sur Mars.
437-500 environ :   Première grande période d’expansion spatiale. Colonisation du Système Solaire.
461 :   Aboutissement du projet Baba Ïaga : ouverture de la première station permanente en orbite autour de la Terre.
530 :   Le réseau des Stations en orbite crée un Comité Représentatif auprès du Gouvernement Planétaire et obtient une indépendance limitée. Il se compose à cette date de près de 80 stations.
579 :    échec de la première mission spatiale interstellaire.
   Grande crise planétaire due à la première pandémie de cancers intelligents
   Crise des ressources : la population combinée dépasse 30 000 milliards, parmi lesquels 27 milliards d’incarnés
583 :    point culminant de la crise de 579 avec la répression brutale des sectes opposées à la simulation.
586 :   Naissance de la première grande entreprise de défense contre les cancers intelligents
663 :    première mission de colonisation et donc de voyage interstellaire réussie
718 :    Deuxième génération de vaisseaux de colonisation. Début de la première grande vague d’expansion interstellaire de la race humaine.
741 :    rencontre déclarée avec les NE
   Ouverture à l’Humanité de l’espace neutre par l’intermédiaire des NE. Tout l’univers est désormais accessible et les autres univers aussi…
741-milieu du 14è siècle.    Cette période de l’histoire humaine est très troublée. Il va falloir près d’un demi millénaire à la majorité des gens pour accepter la réalité des NE et ses conséquences. Le voyage à travers l’espace neutre restera donc pendant cette période pour une bonne partie le fait d’individus ou de groupes isolés, des pionniers. Aucun d’entre eux n’est jamais revenu sur Terre… Les voyages interstellaires et le programme de colonisation continueront de plus belle, et ce même après la fin de cette période. Son âge d’or sera d’ailleurs bien après le 14è millénaire…

PS : personne n’a jamais entendu parler de Dieu dans toute cette affaire, et il n’a été donné à personne de le rencontrer, ni aucune entité qui aurait créé l’univers… quant aux NE, la plupart des gens ignorent tout d’eux, et ceux qui parlent avec eux ne parlent en général pas avec le reste de l’Humanité…

MŒURS ET SOCIETE

- la mort a été remplacée par le couperet que représente le test de folie. Un homme incarné achevant son cycle biologique primaire (son corps d’origine) devient un être simulé et peut être réincarné selon les lois en vigueur. Les temps d’attente pour une réincarnation sont en général très longs, au vu du nombre d’êtres qui désirent être incarnés. Un très grand nombre de techniques a été développé pour maintenir son équilibre interne le plus loin possible de la folie. C’est un marché très profitable, équivalent à notre marché actuel de la médecine, de la psychologie et Cie… Il existe des techniques de nettoyage qui exigent du client de se mettre en hibernation afin d’être ‘révisé’ et débarrassé de tout ce qui menace de dégénérer. (techniques qui suscitent de vives controverses quant à ce qui reste de l'identité. La question de l'identité est par ailleurs un des débats récurrents de la société). A l’opposé il existe de nombreuses hygiènes de vie, qui prônent l’introspection, l’auto-analyse et un mode de vie sain et équilibré, ouvert sur le monde, détendu. On trouve là l’une des raisons principales de la spécialisation de chaque être intelligent. Car la possibilité d’une immense intelligence simulée devrait ouvrir la perspective d’êtres absolus. Or tous les spécialistes de l’intelligence sont d’accord sur le fait qu’il faut centrer sa vie sur un domaine spécialisé auquel on adjoint quelques centres d’intérêt secondaires. Sans quoi l’horizon est trop vaste et l’on se retrouve comme happé par une synthèse que l’on tente trop large. C’est le basculement quasi assuré dans la folie

- Il est généralement admis qu’il est impossible d’échapper à la folie à terme. La vie éternelle n’est pas possible…

- les hommes réels, biologiques, ont un certain mépris vis-à-vis des incarnés et plus encore vis-à-vis des êtres simulés. Les êtres intelligents non-humains ne sont pour la plupart pas issus directement des simulations générées par les Bio (vs les Sim). Ils sont l’objet d’une méfiance des Bios.

- Un nombre assez important (quelques dizaines de millions) mais très minoritaire d’humains a choisi de vivre en dehors de l’espace ICO. C’est une secte qui refuse la modernité, la pratique de la simulation et ne reconnaît pas la validité du test de Friléön quant aux êtres simulés. Ils ne sont soumis que d’assez loin à l’autorité du Gouvernement planétaire. Ils vivent de manière autonome dans plusieurs dizaines d’enclaves et leur niveau de vie est relativement élevé. A déterminer… Il y a eu plusieurs périodes de violence dans l’histoire de la planète, pendant lesquelles les sectes opposées à la simulation se sont répandues hors de leurs enclaves et causé des dommages importants. La période la plus violente, qui fut aussi la dernière, se déroula lors de la grande crise de 579 (échec de la première mission spatiale interstellaire, crise des ressources, le tout avant les lois de l’incarnation, et grands problèmes liés à des cancers intelligents récurrents et très virulents(les entreprises de défense contre le cancer intelligent n’existaient pas en tant que telles à l’époque et les moyens de lutter contre le cancer intelligents n’avaient pas encore été développés.)). Des intérêts vitaux furent menacés et le Gouvernement Planétaire envoya l’armée. Il y eut des milliers de morts. Depuis, seules les violences mineures et du fait d’individus isolés sont à déplorer.

- Parmi les gens exclus de la sphère technologico-culturelle de l’ico et de la simulation, il faut compter des centaines de millions de personnes qui sont les ‘pauvres’ de cette société. Attachés au régionalisme, gens d’opinions assez extrêmes en général, la plupart d’entre eux a mal utilisé les crédits alloués par le Gouvernement Planétaire à tout citoyen homologué et se sont retrouvés exclus. Ou alors ce sont leurs descendants biologiques qui sont restés en dehors de la sphère techno-culturelle de l’ico, le plus souvent par négligeance. Ils vivent dans plusieurs centaines d’enclaves, parfois réduites à un village et ses environs, parfois de la taille d’une métropole. Contrairement aux sectes qui s’isolent volontairement de l’espace ICO, les gens qui vivent dans les enclaves ‘pauvres’ n’ont pas choisi leur exclusion, ou bien n’avaient pas les moyens de mener la belle vie. Le Gouvernement Planétaire reste en général en dehors des affaires des enclaves et la vie y est dure. Les ressources sont faibles et ceux qui font partie de l’espace ICO ne se sentent nullement concernés par les problèmes de ceux que beaucoup considèrent comme des incapables. Y a-t-il des entreprises qui en profitent ?

- Technologie : 94% des innovations technologiques proviennent d’êtres simulés, et 99% des inventions reposent à un moment ou à un autre sur la simulation. La simulation occupe donc une place vitale dont dépend la survie même de l’Humanité, même si peu de primaires (les hommes dans leur corps biologique originel) acceptent de le reconnaître. Cette dépendance suscite des réactions assez violentes parmi les êtres incarnés, surtout ceux qui sont d’origine. Le pouvoir détenu par les êtres simulés pèse sur le Gouvernement Planétaire de manière conséquente mais non décisive, car tout le monde sait intuitivement qu’il faut ménager la minorité des êtres réels.

En 741, il y a 42 milliards de Bio pour 230 000 milliards de Combinés. Les êtres réels représentent donc 0.018% de la population totale. Le fait que 0.018% de la population soit à l’origine de 6% des inventions s’explique par le fait que les inventions à succès représentent la meilleure chance d’incarnation pour les Sim. Les meilleurs inventeurs s’incarnent donc tous assez rapidement et continuent assez souvent une carrière prospère. Etrangement aussi, habiter la réalité s’avère souvent profitable, car elle a quelque chose de plus que n’importe quelle simulation, quelque chose qui stimule l’invention et la rend un peu plus pertinente…

INTRIGUE

- Un être simulé embarqué sur la première génération de Grands Vaisseaux de colonisation, le summum de la technologie humaine. Il sait qu’il ne sera jamais incarné. Mais il a toujours voulu fuir ailleurs et il gère une partie du vaisseau. Problème en chemin. NE (à ne pas préciser) réveille l’intelligence sous-tendue par le système brisé du vaisseau. Le NE investit le vide de conscience que représente le vaisseau. Les NE sont attirés par le vide de conscience.

- le capitaine est un homme réel prétentieux et méprisant. Il montre ouvertement son dégoût pour les êtres intelligents non humains. Grave incompétence qui va l’isoler peu à peu. On décide sans lui et cela ne fait qu’augmenter sa fureur et sa rage, d’où des sanctions injustes. Mais sans lui, le vaisseau ne peut pas fonctionner. Il a les codes sans lesquels aucun processus viable ne serait possible. Il a le pouvoir. La révolte est donc absolument exclue, sans quoi le vaisseau finira par mourir et ses habitants avec.

- Le capitaine s’isole parmi le petit groupe de réels attirés par cette colonisation et les avantages promis. Ils sont une trentaine. Quelques réels ne se sentent pas concernés mais ils ne sont que quatre. Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils partis de la Terre ? L’un d’entre eux sera un aide curieux du héros.

- la Capitaine adjointe est une femme simulée très compétente. C’est elle qui pose les limites et fait en sorte que tout se passe bien. Pour elle le Capitaine ne fait que s’enfermer dans ses limites. Elle est humaine. Copie ‘améliorée’ générée par l’une des plus grandes scientifiques en intelligence. Equilibrée, elle sait prendre les bonnes décisions. Mais sa perfection cache aussi quelque chose…

- Une ‘vie culturelle’ très active sur le vaisseau. Des cercles très créatifs rendent la vie intéressante. Des groupes de recherche scientifique utilisent une base de donnée qui rassemble l’ensemble du savoir humain. La vie non seulement continue, mais diffère peu à peu de la vie sur Terre. Chacun peut choisir sa vitesse. V1=le temps s’écoule à la même vitesse que dans la réalité. V2 = deux fois plus vite. Cette vitesse varie entre V64 (V1024 pour une petite minorité) et V0,05, et comprend bien sûr l’hibernation. L’enjeu étant l’incarnation et la présence au moment de la colonisation. Plus V est élevé, et plus le moment de la folie arrivera rapidement. La grande majorité sur le vaisseau fonctionne à V16.

- Une nouvelle d’une quinzaine de pages environ… Un récit assez développé pour saisir les enjeux intérieurs à la communauté du vaisseau spatial. Les interactions entre le héros et les autres. Le capitaine, les différents groupes et opinions, la capitaine adjointe. Puis, tout déraille peu à peu. Cancer intelligent, panique à bord, le vaisseau dévie. C’est la mort assurée, et le contact avec les NE. Comment, au fil du temps, le héros s’est isolé des autres. Comment la folie est l’accès à une autre dimension peut-être, un manque de quelque chose, le complément du manque qui attire les NE vers les systèmes automatisés non-conscients développés par l’humanité. Et comment, de cette mort assurée, le héros va faire pénétrer le vaisseau dans l’espace neutre et l’ouvrir à des perspectives démentes, littéralement…

ECUEILS :    éviter l’espace qui lie de Dan Simmons et ses IA quant aux NE et à l’espace neutre.
      Eviter La Cité des Permutants de Greg Egan et son monde simulé ainsi que ses vitesses de fonctionnement.
      Si je construis le récit autour de la vie intérieure du vaisseau, ce sera trop classique et ennuyeux. Cela doit être juste un aperçu du monde qui est celui de 741 et développer les personnages principaux. Ne surtout pas commencer comme tant de romans américains de sf où tout est lent, explicatif, comme une potion pour bébé…
      Eviter le pathos et la généralité.
      Eviter le manque de profondeur.
      Ne pas pondre un récit sophistiqué et incompréhensible. Petit lexique d’une dizaine de termes ?

D’autres nouvelles auront le temps de décrire le monde postérieur au Grand Chaos plus en détail.

Laissez-moi me présenter. Mon nom est Nat-King-Cole-Juke-Box, mais vous pouvez m’appeler J.-B. Je suis un Sim, un homme simulé. Je suis un être de niveau 2, autrement dit j’existe dans une simulation à l’intérieur d’une simulation. Ca ne me gêne pas. Je n’ai jamais été tellement attiré par réalité. Ne pas avoir l’occasion de m’incarner dans ma vie m’est indifférent.
Au moment où je parle, je me trouve dans un vaisseau en train d’accélérer pour le système solaire d’Orion 376-A-43-Z. Dix-neuf ans de voyage aux trois quarts de la vitesse de la lumière. C’est un beau vaisseau qui rassemble le meilleur de notre civilisation… et coûte une fortune énorme.
Pourquoi je me suis embarqué dans ce voyage ? L’idée de me trouver le plus loin possible de la    Terre et de son fichu Gouvernement Planétaire m’a paru très séduisante. Coloniser une planète est une entreprise tout à fait honnête, et fort excitante de surcroît. Là au moins je pourrais vraiment être utile à quelque chose.
Le vaisseau continuait d’accélérer. Je surveillais d’un œil distrait les indicateurs de bon fonctionnement des processeurs de calcul de coordonnée. J’avais choisi de laisser cette fastidieuse surveillance à mon inconscient. Avoir une part de responsabilité dans le bon fonctionnement du vaisseau ne signifiait pas que j’y prenais plaisir, ni que je devais m’ennuyer.
   J’avais enfin quitté la Terre ! Pour toujours ! Ici nous n’étions qu’un million de Sim. Tandis qu’une partie de mon esprit écrivait un morceau de musique pour orgue, tambour et chœur et qu’une autre continuait d’explorer les théories musicales pour y trouver des éléments intéressants, je méditais sur le délice qu’était pour moi cette libération. Plus de Gouvernement Planétaire ici pour imposer des contraintes insupportables, plus de Bios à honorer malgré leur bêtise d’ignorante minorité et leurs préjugés envers nous autres, les êtres simulés.
   Il ne faut pas croire, ma vie d’avant n’avait rien de déplaisant. Je n’ai jamais eu de problème de crédit comme d’autres. Jamais je n’ai été au bord de la destruction, que ce soit pour avoir mal géré mon capital ou pour avoir approché la folie. Ma vie de sim peut être considérée comme absolument normale.

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L'Arrogant...

Je me suis mis à relire récemment certains des textes que j'ai rédigés par le passé, et j'ai découvert avec stupéfaction que, bien que toujours incapable de juger de leur qualité, ils correspondaient toujours parfaitement à mes idées... Est-ce à dire que je n'ai pas progressé ? Je ne me sens pas capable d'écrire mieux. j'ai même l'impression d'être incapable de rédiger la suite de ce qui suit, d'écrire quelque chose d'aussi détaillé, d'aussi inventif à mes yeux...

Voici un début de nouvelle que j'ai rédigé en 2003.

Les yeux tirés, l’Arrogant enfila en hâte la tenue de combat et siffla le code ‘’capture’’ à la fréquence de sa compagnie. Au bout de quelques milisecondes, son oreille perçut les dix-neuf appels réglementaires. Une naissance de soulagement affleura le conscient du maître d’armes, violemment repoussée à sa place d’origine. Les muscles tendus, l’attention en mode ico, il ferma les yeux et repéra l’aigle en approche. Immédiatement il se mit en position et programma le saut. Cette opération, même répétée mille fois, gardait une touche d’aventure, une certaine odeur de danger. Oh, dans la réalité le danger était presque nul ! Mais la vitesse d’exécution, surhumaine, et la fantastique propagation dans l’air de la monture des forces d’élite étonnaient irrésistiblement les sens. Toujours cette étrange impression de précéder ses propres gestes, de planer indéfiniment alors que le tout, saut et fixation sur le dos de l’aigle, ne durait que quelques centièmes de secondes. Aigle en approche. Il sentait sa nervosité. Un jeune. Il n’avait accepté de le prendre que parce que cette bête était la plus entreprenante de toutes. Pas très puissante, sans grande expérience, mais avec une intuition et une arrogance hors du commun. Attiré par la ressemblance sans doute. Son portrait tout craché. Filant à travers (les méandres de) la projection spatiale de l’esprit aigellien, l’Arrogant veilla à ce que sa nervosité ne dépasse pas le seuil de dangerosité. Ce petit-là s’en tirait plutôt bien. Comme s’il visualisait le seuil, se maintenant juste en dessous.
Il est vrai que ‘’petit’’ était légèrement déplacé. L’aigle avait été sélectionné il y a soixante ans de cela comme monture des forces d’élite. Forme évoluée de l’aigle terrestre, il avait été découvert sur le continent interdit de la planète Minatron, système solaire Ras 211. La première fois que l’Arrogant avait vu la bête, il avait failli s’étouffer de rire. Inélégante, le bec crochu, le corps difforme, elle se dandinait sur des pattes d’araignée comme un bébé. Ses plumes, d’une affreuse teinte violacée au niveau des yeux, globuleux et saillants, tiraient vers la couleur de boue aux environs des muscles pectoraux. De petites ailes mal repliées, gênant sa démarche, un air de chauve souris sous-marine et mal dégrossie, rien ne laissait présager une monture digne des forces d’élite. Mais l’Arrogant avait vite appris à admirer, si ce n’est à aimer cette bestiole extraordinaire : en elle se cachait la créature volante et aquatique la plus formidable qui puisse être imaginée. Son corps alliait souplesse et dureté, subtilité et puissance. Son métabolisme sec, ses muscles surpuissants, ses ailes élastiques, ses plumes déviant armes à rayons et armes à matières, sa légèreté, tout était qualité en lui. L’aigle n’avait pas d’égal sur son continent d’origine, et sa taille n’y était pas pour rien : à l’âge adulte, il pesait aux environs de cent vingt kilos, pour une longueur de deux mètres quatre-vingt, et une envergure d’un mètre soixante-dix. Sa force lui permettait de porter plus de deux fois son poids sans trop perdre de ses capacités. Petit, capable de voler loin et vite avec un voire plusieurs hommes et leur matériel, silencieux et résistant, il s’était en plus révélé un allié très utile par son intelligence et sa ruse de chasseur. Ses capacités sensitives et cérébrales ne faisaient plus de doute aux yeux de qui que ce soit. Il s’était révélé capable de voir dans la nuit la plus complète, repérant mouvement, chaleur, odeur, bruit, avec une acuité inimaginable pour un être humain. D’autres capacités échappaient encore à la compréhension des spécialistes de la maison : son intuition atemporelle, ses facilités télépathiques et son intelligence étrangement complexe mais trop différente pour être interprétée correctement. Certains s’étonnaient de son courage et de son attachement à son compagnon humain, d’autres doutaient de la soumission dont il faisait preuve. Bref, l’aigle était le meilleur compagnon des hommes des Fées, ainsi que se dénommaient par dérision les soldats des forces d’élite.
   Tout en ruminant ces pensées à la vitesse ico, l’Arrogant suivait la courbe de son jeunot, émerveillé comme toujours par sa beauté. Quand il était sur son dos il n’avait pas à réfléchir pour savoir que les spécialistes fées ne s’étaient pas trompés en portant leur choix sur l’aigle. Vitesse d’approche de 196m/seconde, l’Arrogant vida son conscient et ses muscles se détendirent selon la procédure. Conditionnés avec précision, ils obéirent aux ordres automatiques de l’ico. Suspendu en l’air à une hauteur de trois mètres, l’Arrogant lança ses mains en avant, tandis que ses jambes entamaient leur retombée tout en se rapprochant violemment. Au contact de la sangle antérieure, les doigts claquèrent sur les paumes, enserrant la sangle. Au même instant les jambes fouettèrent les sangles postérieures, qui se refermèrent avec un sifflement mat. Le buste s’aplatit avec un frottement caractéristique sur la selle énergétique, déclenchant ainsi le bouclier protecteur. Déjà l’aigle entamait sa courbe de remontée. L’Arrogant perçut à travers l’inconscient du jeunot la présence de ses dix neuf compagnons. Selon le calculateur, ils seraient en formation de vol dans seize secondes. Les radars neuroniques avaient échoué à les repérer la veille, tout comme ils avaient échoué à neutraliser leur décollage ce matin. En formation de vol ils ne risquaient plus de voir leur communication interceptée. Bref, la routine. L’Arrogant se détendit, et l’aigle aussi. La première manche était gagnée.
   Depuis son adolescence, l’Arrogant était au service des forces d’élite. Service prestigieux parmi tous. A la pointe de l’humanité, les forces spéciales luttaient pour sa survie. Garants de son unité et de sa sécurité, chacun des Fées était conscient de son importance : esprit de corps. Heureusement les directeurs qui se succédaient à la tête des FS avaient été et étaient des hommes intelligents. Ils connaissaient la nature humaine et ne cherchaient pas à abolir la liberté. Avec l’entraînement modèle que recevait chaque fée, cette liberté faisait la force et la renommée du petit groupe d’hommes qui composait les FS. Car l’esprit non enferré dans l’obéissance mentale gardait sa vitalité, sa faculté d’initiative et d’imagination. Les Fées n’étaient pas des pachydermes tueurs, mais des magiciens de l’esprit.
   Ce paradoxe coûtait bien sûr aux FS des traîtres, la liberté étant à ce prix. Mais étrangement, la menace n’avait jamais été réelle. Ce qui laissait penser à l’Arrogant que le Dir disposait d’armes très secrètes. Quant à savoir lesquelles, il n’avait pas la moindre chance de percer le secret de l’homme le plus protégé de l’univers connu.
   Toujours est-il que l’Arrogant avait été poussée dans les bras des FS par un idéalisme nourri de SF. (un sourire affleurait toujours à son esprit quand il se rappelait l’inversion des initiales) Longtemps il s’était étonné d’avoir été accepté. Parmi les hommes et les femmes qui avaient suivi l’entraînement en même temps que lui, seules de rares exceptions disposaient du physique impressionnant des héros de sagas, de péplum, d’espioromans, d’aventures toutes plus incroyables les unes que les autres. Mais il avait fini par comprendre que c’étaient les ressources de l’esprit qui intéressaient les recruteurs des FS. Pour l’aspect corporel, il suffisait d’avoir des dispositions sommes toutes communes. L’entraînement, l’ico, les soutiens chimiques y suppléeraient. Non, le plus dur dans l’affaire était d’arriver jusqu’au bureau de recrutement. Les recruteurs, en propageant les bruits les plus terrifiants à propos de l’épreuve de sélection, avaient transformé le chemin de la coquille familiale jusqu’aux FS en un chemin de croix. La sélection était à moitié faite à l’entrée du centre. L’homme qu’avait été l’Arrogant avait montré un rare brio : premier intégré de sa série, il avait connu l’orgueil. Du point de vue de sa nouvelle position, il avait contemplé les cendres de son enfance. Le hasard de sa personnalité, sa solitude, ses lectures de SF surannée, ses espoirs, tout l’avait prédisposé à devenir fée.
Et maintenant il avait accompli son rêve, il était heureux. La glace lui renvoyait l’image d’un puissant guerrier de l’esprit, les muscles saillants et fins comme ceux de son aigle, le visage noueux, comprimé et brillant de vie. Son architecture mentale, elle, était sa gloire personnelle et secrète. Tout son temps libre était consacré à son exploration, son perfectionnement. Et cela grâce au merveilleux petit appareil des FS, bijou de nanobiotechnologie : l’ico. Inventé par le plus grand génie de la science mentale, Marcus Druzon, l’ico décuplait les capacités mentales jusqu’à un niveau fantastique : chaque fée pouvait visualiser la projection spatiale de l’esprit de n’importe qui, homme ou animal, et y apporter des modifications. Le contrôle du corps et sa programmation devenait un jeu d’enfant. La pensée elle-même pouvait être accélérée jusqu’à précéder légèrement le temps réel.
L’Arrogant avançait chaque jour un peu plus dans les potentialités de l’ico et de son esprit. Tout était encore confus, mais il commençait à passer à un nouveau stade de l’évolution. Il en était convaincu. Une révolution était en vue, et lorsqu’il en aurait maîtrisé les conséquences, il se présenterait devant le Dir. L’état d’esprit promu par les FS était peut-être empreint de liberté, mais il insistait non moins sur le bien commun. L’Arrogant savait donc à qui en référer. On le laisserait passer, parce que personne ne se présentait devant le patron sans de sérieuses raisons. Il était confiant. Mais pour l’instant, une toute autre mission absorbait toute son attention.
L’ico émit le signal de contact. Les dix neuf fées étaient en formation. Déjà la conscience de l’Arrogant avait évacué ses pensées. L’ordre de la deuxième étape de mission parvint à la formation. Immédiatement saisi par les guerriers, il les terrifia. L’effet escompté par les programmateurs. Trois des leurs avaient été abattus au dessus de la jungle noire et deux d’entre eux étaient prisonniers dans la prison centrale. La situation était catastrophique, sans précédent. Un véritable échec. Qu’est-ce qui avait bien pu abattre les aigles ? Prudence et surprise encore plus que de coutume. L’Arrogant examina la situation à vitesse iconique. Cinq fées pour récupérer les égarés, cinq autres en position de surveillance/soutien à très haute altitude, trois pour élucider le mystère des aigles abattus, en contact permanent avec trois soutiens rapprochés, et enfin, le plus dangereux et incertain : les quatre restants, lui compris, en infiltration pour préparer la libération. Contact impossible vu la densité du réseau de surveillance citadin. L’opération risquait de durer quelques heures, avec en conclusion l’attaque massive de la prison centrale, en plein centre ville.

Rapport : simulation de mission n°1879602.
Chef de compagnie : 18574/L’Arrogant.
Ordre de mission : niveau 13 alpha. Récupération jungle/ville + élucidation.
Résultat : 100+. Ordre exécuté.
Temps : 3h46’18’’. Record
Commentaire (04650/Lion d’or/recruteur niveau 2) : exécution parfaite, intuition à étudier, maîtrise de l’ico supérieure, indépendance dangereuse (activité D-, rapport adressé à 03521//sécurité interne). Soutien intégration niveau 2. Conseil : chef d’opération.
Commentaire (02347/Roosevelt3/Chef d’opération autonome) : mission accomplie avec le sens de la beauté esthétique. Accord personnel pour intégration niveau 2. Demande d’association à titre de double chef d’opération autonome. Garantie personnelle fournie. Demande de supprimer les niveaux accessoires 2.1, 2.2, et 2.3. Contact privilégié demandé.
Réponse (01475/Gémaux/juge niveau 2) : 18574/L’Arrogant élevé au grade de chef d’opération associé. Privilèges personnels (02347/Roosevelt3) accordés. Responsabilité provisoire : 02347. Responsabilité secrète : 03521*.
Prochain rapport : au retour de la troisième mission.


Posté par dgrv à 17:23 - littérature - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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