La blogosphere m'apporte quelques joies et quelques perles qui ne font pas de mal. Quand je lis Parisienne-en-exil, je me dis que j'aimerais avoir sa plume, son regard incisif et penetrant sur les choses. L'Inde, ce monde si etranger que j'habite depuis bientot un mois, m'est devenu plus ou moins naturel et familier. Parce que je ne parle pas la langue d'ici, parce qu'a cause de ma maladie j'ai laisse tombe mon bouquin sur l'hindi, je reste malgre tout exterieur, et croire que je serais ici chez moi est, comme le dit Celine, une illusion. Ce serait un deni...

Pourtant... poutant, il y a ce je ne sais quoi. Ces petits details auxquels je fais du coin de l'oeil de discrets signes de reconnaissance, ces gens qui ne m'abordent plus tellement pour me demander quelque chose, ou qui s'en vont bien vite. Depuis ma maladie, je me sens un peu different. Apres tout, je connais maintenant les prix. On ne m'a pas si facilement. Et puis, les habitudes sont bien ancrees : namaste m'est devenu plus naturel que bonjour. Quand je marche dans la rue, j'evite sans plus y penser les innombrables flaques qui se forment au goutte-a-goutte sous les boites a Air Conditionne. Tous les immeubles en sont recouverts, comme d'une maladie grise et moche due a la chaleur, et qu'on finit par oublier parce que c'est toujours pareil.

Je repere aussi de loin les streets boys, les cames, les desesperes, ceux qu'il vaut mieux eviter, parce qu'on ne sait jamais dans quoi on va encore se coller. En rentrant du marche, hier, avec mon sac habituel, une provision de mangues et de bananes en plus, voila que j'apercois mon street boy du premier jour, en train de jouer a menacer une fille de la rue... ils etaient trois ou quatre du genre... petit detour inapercu, et je tombe directement sur la jeune fille russe dont j'avais perdu le numero. Aliona (brrr, ca me frigorifie, la transliteration francaise que j'a du trouver...). On rediscute du type de l'autre fois... il devait avoir un peu trop fume. Elle me propose de la rappeler le soir, mais je suis trop fatigue. A cote d'elle, son ami, qui vient de revenir du Nepal, le temps de refaire son visa indien, discute avec animation avec un indien, vu que celui-ci devait garder sa moto, et que mes deux europeens n'ont pas la moindre idee de l'endroit ou elle se trouve...

Je passe.

Je fais ca beaucoup ces derniers temps. Mon mode de vie est quelque peu primaire. Je ne suis pas sorti de Colaba depuis ma maladie. Je n'ai mange qu'une pizza au paneer et des fruits depuis, aussi. Je me dis que je vais me mettre au vegetarien, parce que la, franchement, je me sens mieux qu'avant... et si j'ecoute bien mon estomac, ce n'est pas trop des trucs lourds qu'il demande en tribut...

Je prend le train demain matin. J'ai regarde les horaires : c'est enorme. 2500 km, plus de 50 arrets, pret de deux jours de voyage pour traverser l'Inde jusqu'a au Nord. Il ne me reste plus qu'a voir si je vais me faire voler, et si j'y survivrai... parce que j'ai pris le billet le moins cher... J'espere que ca va me changer les idees et me faire du bien. Direction, le Sikkim... Apres, on verra.

Retour il y a deux jours, alors que je reviens a l'hotel, encore malade et epuise, voila que je tombe sur Pat !(Patricia, qui reste au red Salvation army depuis plusieurs semaines deja, alors qu'on n'est cense pouvoir y rester qu'une semaine...) Son shooting vient d'etre annule sans preavis, c'est le milieu de l'apres-midi, et elle est litteralement furax. Elle en a marre des indiens qui la draguent comment des sauterelles, elle en a marre des indiens qui se comportent comme des enfants, qui passent des heures devant leur miroir a se lisser les cheveux (ils ont vraiment un probleme avec les cheveux...), qui grandissent dans la rue, ont peu de culture, travaillent depuis leur plus dure enfance, ne jurent que par des blagues salaces et des commentaires insultants... et puis cete curiosite malsaine, ces regards...

Elle pete un cable. J'en profite. Ce n'est pas tous les jours que j'en aurai l'occasion. Je vais chercher une magnifique mangue de 750 grammes, pile a point, et on va la devorer sur le bord de mer... j'en profite pour lui raconter mes deux colocataires des dernieres temps au dormitory. Le plus gros est parti depuis plusieurs jours. Lui, c'etait un cas. Il avait un ventre qui depassait d'un bon demi-metre, il se promenait souvent vetu d'un simple short, parlait en toute occasion comme si ca voit devait porter a des kilometres, et avait la deplaisante particularite de repondre la nuit au telephone en deambulant a travers le dortoir en tonitruant comme si de rien n'etait. Autre habitude detestable : cracher par la fenetre avec force bruits et deglutitions qui vous font vous sentir mal. Ah, et puis j'ai oublier : fumer. Et il semble qu'il aie tout quitte pour aller passer ses journees a ne rien faire dans cet hotel miteux...

L'autre, est un jeune. Mais alors quand je vous dis que les indiens ont un probleme avec leur cheveux, celui-ci, il a un cheveu avec ses problemes : il arrive, il se contemple dans le miroir. Il s'allonge, et se contemple dans le miroir, se lisse le crane, ramene ses cheveux legerement en arriere. Puis il s'assoit, sort un peigne, passe dix minutes a remettre un cheveu en place. C'est vraiment un cas ! Il doit passer plusieurs heures par jour a se soucier de sa petite personne. Chaque homme indien doit y passer plus de temps que n'importe quelle femme francaise (enfin, peut-etre pas toutes...). Ici, l'apparence a vraiment une importance cruciale. Si les street boy ont un peu d'argent... ils s'achetent un jean a la mode. Je ne sais pas combien de millions d'indiens utilisent du gel. Combien de centaines de millions...

On marche du cote du gateway avec Pat... puis je rentre dormir...