08 août 2011
LA SOLITUDE ET LA SOUFFRANCE
La solitude est cet état où je me retrouve seul face à moi-même, sans médiation, sans intermédiaire pour adoucir le dialogue, le regard que je porte sur moi. Sans possibilité d’aller chercher du secours en-dehors de soi.
La solitude, c’est ce moment où les lumières du monde s’éteignent, où peu à peu, le silence se fait en dehors, et, un peu comme dans un rêve, le tumulte intérieur se réveille. Soudain, le temps s’arque, bouillonne, et les secondes ne courent plus de la même manière. Le monde dehors, de l’autre côté de la fenêtre, a disparu, et n’en subsiste que la mémoire évasive qui m’habite. Ce monde me fait peur. Il ne me comprend pas. Et en même temps, il me manque. Sans lui je ne peux rien même si ses inconnus me terrifient.
Dans cet instant où le monde cesse d’exister, les lignes se brouillent, et je deviens un peu plus indéfini, un peu plus incertain que d’habitude. Instable, je vogue sur une terre devenue océan. Mes évidences ont disparu, la force que je ressentais n’est plus, balayée doucement mais sans possible résistance par une vague de tristesse. La nuit a pris le dessus, et le sommeil qui aurait du m’emporter a laissé la place à un combat du soi contre soi, une lutte entre mes rêves et ce regard intérieur qui me juge. Deux absolus qui ne sont pas vraiment moi, entre lesquels je me retrouve coincé dans leur affrontement de titans.
En cet instant, le simple fait de ne pas avoir sombré dans l’inconscience me condamne. Car je devrais dormir, je devrais me reposer, je devrais suivre les heures du sommeil. Demain, je sais déjà que je ne pourrai me réveiller à l’heure, que tout sera décalé et que je n’aurai ni la force ni l’envie de faire quoi que ce soit. Et ce simple fait, cette simple situation, me condamne. Sans remède.
Etrangement pourtant, tandis que je vois l’heure et les secondes défiler, rien en moi ne bouge. J’ai déjà passé le rubicon. Point de retour en arrière. La nuit est engagée et toute possibilité de sommeil normal est restée loin derrière moi, dans une autre version de la réalité. La version qui devrait être mais n’est pas. Alors je continue, au-delà de la fatigue, dans une course en avant, jusqu’à ce que le corps n’en puisse plus, jusqu’à ce que l’esprit cède et, après avoir tenu jusqu’à l’ultime seconde, s’endorme en me riant au nez, conscient de sa victoire.
Et bien qu’à n’importe quel moment je puisse mettre en pause cette réalité, constater ce qui est nécessaire, éteindre cet écran devant moi et plonger dans le sommeil, je ne le fais jamais. Toujours jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’intolérable bout de la nuit. La porte fermée, les rideaux tirés, coupé du monde, et sans que personne ne s’en rende vraiment compte, souffrant chaque seconde, me punissant chaque instant.
En ces moments de nuit volée, tout est du domaine de ce qui ne devrait pas être. Ce que je fais, ce que je ressens, ce que je mange. Toute la définition de mon existence dans ces moments nocturnes passe par cette inadéquation entre ce que je suis et ce que je devrais être. Alors ne pas dormir est à la fois une punition et une condamnation, une injustice et la justice perverse d’une âme insensée. La souffrance profonde de mon être, de ceux que j’ai perdu et ce que je ne suis pas devenu se diffuse en moi, poison violent dont la seule disparition vient avec l’oubli, la cessation d’être.
Alors je ne dors pas. Assis, devant un écran, je supporte le temps. J’absorbe des images, des idées, je cherche, rien de défini, et j’erre au milieu d’un monde qui m’éloigne de tout ce qui est à la source de cette insomnie. La réalité de ma situation ne s’en va jamais néanmoins. Toujours derrière moi. Et de quelque côté que je me tourne de l’écran, elle est là. Autour de moi, en moi. Cette certitude que je ne suis pas ce que je devrais être. Qu’à force de me le dire, de me l’entendre dire, je ne veux même plus être autre chose. Et je reste les yeux fixé sur cet écran, ma souffrance toujours au coin de l’oeil, évidence de ma condamnation. Et dans cet enfer, c’est cette échappatoire lumineux qui me sauve, cette possibilité d’autre chose. Pas pour moi, car je ne peux réussir, mais pour d’autres, pour ceux qui font plus que rêver. pour les gens qui, de fait, valent quelque chose.
Alors résister finit par devenir un paradoxe. Et la seule manière de résister devient d’adhérer à cette course en avant, d’oublier, de tenter de cesser d’être. En éliminant la réalité, je tend à devenir ce que je vois, ce que je lis. Et comme une ligne de défense, se lance en moi cette machine d’activités qui se concentre sur l’écran de ma vie, fenêtre sur ce qui n’est pas et m’aide à ne pas avoir à supporter cet horrible décalage, cette impossibilité d’être, cette évidence de chaque seconde que je ne suis pas ce que je devrais être.
Car la vraie résistance est un paradoxe, un chemin impossible. Quelque chose de tellement dur que mon esprit et mon corps sont fatigués rien qu’à l’envisager. Tellement quelconque que nul désire ne me porte le matin et que je reste allongé, jusqu’à ce qu’il me devienne impossible de rester ainsi. Jusqu’à ce que mon esprit ne supporte plus cet échappatoire qu’est le sommeil et finisse par se résoudre à se lever.
La nuit, je ne pourrais mener ce combat qu’il me faudra faire un jour. La souffrance absolue de ma solitude m’envahit. Et seule une présence concrète, réelle, aimante, un corps près du mien et une âme qui me serre dans ses bras et me rassure parvient à me tirer hors de cette hébétude de la douleur, cette évidence de la mort et de l’inutilité d’être.
Il y a un trou en moi. Un trou infini, qui ouvre sur l’absolue souffrance. Celle de ce qui n’est pas, celle de la déconstruction de tout ce qui est et la perte de tout ce que j’aime. Chaque nuit solitaire, comme une malédiction, un chemin s’ouvre entre mon âme et ce monde parallèle. Et cet univers m’envahit. Me rappelle que je ne suis rien, ne serai jamais rien et que jamais je ne ferai quoi que ce soit.
Alors je fuis. Comme je peux. Car je ne suis pas de taille. Car mon esprit a rendu les armes, car, comme des freins coupés sur une voiture, autant que j’appuie sur ma volonté, rien ne fonctionne et je ne peux mettre fin à cette aberration d’absolue souffrance.
Cette souffrance est difficilement communicable, il semble. Comment exprimer simplement le mal-être de l’existence, ce sentiment d’inadéquation qui vient d’un jugement intérieur porté sur moi et qui me transforme en cercle vicieux incapable de travailler, d’oeuvrer à créer avec constance, et qui, par conséquent, me condamne ? Car ne rien faire, ne rien créer, c’est ne pas avoir de sens. Et si je n’ai pas de sens, je n’ai pas de raison d’être. Alors la seule voie est la cessation d’exister. La dérésolution du soi. La mort. Evidente.
Chaque nuit de solitude, enfermé dans ce monde parallèle qui est ma cour d’injustice, condamné à souffrir, je tourne en rond. Je cesse d’exister le temps de cette solitude, et meurt un peu plus. Et même si j’arrive à exprimer cela, rien ne peut me sauver. Rien, si ce n’est une présence aimante, réelle. Et par cette présence, je parviens à interrompre, un temps au moins, ce cycle qui me défait, et gagne une chance à transformer mon monde, à faire quelque chose.
Alors, me reste à affronter l’autre côté de ma souffrance nocturne : la fuite du jour, de la lumière, qui révèle tout et rend le monde triste à mes yeux, m’enlève toute envie de faire. Car face au monde, comment construire quelque chose de constant ? Comment surmonter son désir de s’amuser, de jouer et d’être un éternel enfant.
Voilà les questions auxquelles je cherche désespérément la réponse. A travers la souffrance, je me condamne, portant toujours le poids du passé. Conscient que jamais, à aucun prix, mon monde ne devrait être ainsi, et que je ne devrais pas être l’homme faible et soumis à cette souffrance intérieure que je suis.
Devrais-je me redéfinir en «Je me condamne donc je suis» ? Paradoxe qui par son implication fondamentale, signifie que tant que je me définis ainsi, je ne peux rien faire de ma vie, je ne peux me donner un sens. Et tant que je ne peux faire cela, je ne peux que continuer à me définir par cette souffrance et cette solitude absolues.
Comme dans toute situation, arrive un moment où l’être, seul, ne peut surmonter ses défis. Je crois que j’en suis là. Dois-je appeler à l’aide ?
29 janvier 2011
NEMO GASSAYA
Introduction : Ce texte a été écrit en mars 2003. Je le tape huit ans plus tard. Il s’agit d’une oeuvre de fiction de jeunesse, avec tous les défauts que cela implique. Le texte est particulièrement révélateur d’une forme de projection personnelle (d’où certains éléments n égatifs). J’ai décidé de garder tout aspect qui peut sembler à postériori ridicule, caricatural ou négatif. Il ne s’agit en aucun cas d’un dossier à charge mais d’une oeuvre d’imagination.
dédié à mon ami N. A., que j’admire
NEMO GASSAYA
19 avril 2067
La Non-connaissance de la Médiocrité
Aujourd’hui, je voudrais parler dans cette critique littéraire d’un homme que nos contemporains ignorent dans leur quasi totalité. Qui se souvient en effet de ces quelques articles dans des journaux à faible tirage, de ces quelques récits si courts qu’on les oublie après les avoir lus, ou encore de ce livre qui a ruiné son auteur pour ne s’être vendu qu’à quelques dizaines d’exemplaires ? Personne.
Et pourtant, l’homme dont je parle, Nemo Gassaya, a un parcours plus qu’intéressant. Pas unique, mais assez étonnant pour attirer le regard. En apparence, sa vie se résume à un conformisme universel. Jeunesse révoltée (surréalisme, Dada,...) puis longues études. Chercheur modeste et reconnu dans son champs, mais inconnu au-dehors. Il est resté à ce poste toute sa vie. Il a eu des avancements, des reculs aussi. Une vie affective de désastreuse. Il a même vécu parmi les clochards à plusieurs reprises. Soupçonné de crime passionnel, acquitté pour absence d’évidences suffisantes. Mais tout ceci ne nous intéresse que de loin.
Et là n’est pas la raison pour laquelle j’ai acheté les archives de Noam Gassaya à ses héritiers. En effet, il y a quelques mois seulement j’ai retrouvé dans le grenier poussiéreux de mon père un vieux bouquin dédié à des auteurs au-delà de l’étrange, signé du nom de celui dont je parle aujourd’hui. Il y était question de poulpes, de mort, de personnages fabuleux dont j’ai oublié le nom, de folie... Enfin, le lot habituel des écrivains maudits.
Mais une chose le distinguait de tous ces petits auteurs bizarres et inconnus qui sont l’objet de mes recherches. L’impression étrange d’une multitude d’existences transcendantes. Je cherchais alors dans les papiers de mon père (cet écrivain raté, tombé dans la folie dont je vous avais parlé dans ma chronique n°146 du mois dernier), et eut la chance de retrouver la trace des héritiers de Nemo Gassaya. Ce dernier avait été en effet un correspondant de mon père dans des temps lointains.
Quand je rencontrai ses héritiers, ils m’ont semblé haïr leur père avec une force que j’ai rarement vue. Heureusement, ses archives ont été préservées et me sont parvenues dans un état relativement bon.
Venons-en maintenant à ce qui me fascine tant chez cet écrivain, car je ne peux nier une attirance pour son incroyable puissance de folle médiocrité. Au sens le plus fort. Il a été déchiré au plus haut point entre la vie et l’écriture. Parmi ses notes (au nombre de 73 221), on retrouve des sucessions de bouts de récits plus incompréhensibles les uns que les autres, possédés par l’esprit de Lovecraft ou de Heachington, ces deux décadentistes.
Des traces de folie ? Certes, mais rien qui se fasse remarquer de ce côté-là. Il n’est jamais pleinement tombé dedans. Des talents ? Parfois, cela est indéniable. Il fut un bon analyste littéraire de son vivant. Un parmi de nombreux spécialistes, chacun dans son petit domaine. Mais au final, la réponse est difficile, car après tout, il a été incapable de se détacher vraiment de sa vie. Au contraire, il semble s’y être enfoncé plus que n’importe qui.
Aujourd’hui, alors qu’il est de bon ton de mépriser sa vie, tout ce que l’on peut vivre en dehors des activités productrices, peut-être pourrait-on prendre exemple sur cet homme qui n’a rien fait de grand, pour accepter et transcender sa propre médiocrité. Bien sûr, il ne deviendra jamais célèbre. Trop secret et expansif, trop expressif et fantasque. Mais quel extraordinaire voyage que de plonger dans les méandres de l’histoire de Nemo Gassaya, ses désespoirs et sa folle passion pour le mot écrit, trajectoires cassées mélangées, telles des encres perdues, à tout ce que sa plume a tracé.
Je promets de vous tenir au courant au fur et à mesure de mes travaux sur les archives de cet inconnu.
Le Doge de Jade.
19 avril 2091
De l’influence de Gassaya
Comme chaque année, à la même date, nous retrouvons l’inconnu Cathédralien qui nous est maintenant familier : Nemo Gassaya. Au fil des ans, mes recherches m’ont mené à travers le monde entier, dans les archives les plus incroyables, chez les plus illustres écrivains, hommes politiques, philosophes et scientifiques, comme chez les plus modestes inconnus, sans la moindre distinction de la part de notre sujet.
A ce jour, j’ai pu comptabiliser 11 933 correspondants, dans presque tous les pays du monde. ce qui constitue le record absolu en la matière. Ce réseau de relations, tissé dès le plus jeune âge, lui a permis de se retirer de son métier vers quarante-deux ans. Si l’on suit ses échanges épistolaires, on ne peut qu’être étonné du pied d’égalité sur lequel il parle à tous : présidents (au nombre de 64), secrétaires, ministres, philosophes (137 académiciens), boulangers, et j’en passe...
Cet homme avait clairement une personnalité hors du commun, comparable à celle d’un Hitler ou d’un Jésus. Toujours est-il qu’il a discuté du destin de centaines de millions, voire de milliards d’êtres humains. C’est lui qui a poussé au déclenchement de la Grande Guerre de notre siècle, qui a couté la vie à la moitié de la population terrestre, comme nous le savons tous. C’est lui qui y a mis fin. Il a fait assassiner des milliers d’intellectuels, qu’il connaissait tous par leur nom et prénom, et dont il connaissait toute l’oeuvre. Mais c’est également lui qui en a protégé cent fois plus, et qui a donné naissance à la Colonie de Skiopolis, pour les isoler et leur permettre de produire toutes les conceptions philosophiques globalistes, si nouvelles à l’époque, et à la base de l’actuel Etat Mondial.
Alors, que dire ? En apparence un malheureux écrivain raté, en réalité un des hommes les plus puissants de ce siècle. Possiblement le plus puissant. Ou est-ce l’inverse ? Qui peut affirmer s’il doit le haïr ou l’admirer aujourd’hui ? Moi-même, malgré ces années d’études, je ne sais.
Toujours est-il qu’il ne ressemble en rien à tous ces écrivains et hommes de l’ombre que j’ai pu vous présenter au fil des décennies de mon travail. Car Nemo Gassaya ne semble avoir considéré sa correspondance que comme secondaire. Il se voulait avant tout écrivain et homme littéraire. En ce sens, il a raté sa vie. Imaginez quelqu’un vivant dans l’ombre des Grands de ce monde, peut-être inconscient de son pouvoir, et à la recherche de la célébrité. Car quoi qu’il en dise dans ses textes, c’est ce désir qui l’a tiré du début à la fin.
De même qu’il a tiré tous les autres «maudits» par-delà leur obsession pour l’écriture. Si j’ai appris une chose de toutes mes études, c’est bien celle-là. Ne faites jamais confiance aux apparences de la psychologie profonde. Ce sont des mensonges d’honnêteté. Ce qu’enseigne la nouvelle Homothéologie le démontre avec clarté. Nemo Gassaya, ce solitaire qui est le contraire d’un isolé, s’est retrouvé en face de ce qu’il considérait comme des échecs perpétuels.
Comme Hitler, mais contrairement à ce dernier, de manière inconsciente, il a fini par s’ouvrir sur un monde illusoire qui a existé par ses conseils. Heureusement, il a pu rétablir sa santé mentale avant qu’il ne soit trop tard. Cette période de sa vie est moins documentée et ouvre à plusieurs interprétations. Il semblerait néanmoins que c’est ce trajet intérieur que transcrit La légende du Poulpe Noir, ce monolithe sans fin.
J’invite tous mes lecteurs, tous ceux qui m’écrivent depuis un quart de siècle à propos de notre illustre inconnu, à lire la passionnante étude que lui a consacrée Hoki Tekura, fondateur de l’École de l’Oeuf Martial : La philosophie du Poulpe Combattant. Si la philosophie de la médiocrité intrinsèque de Nemo Gassaya vous intéresse plus, vous pouvez vous reporter sur la biographie écrite par notre bienheureux président, Big B. : Je suis la Médiocrité du Monde.
Le Doge de Jade
12/07/2241
Historien Officiel. Licence n°47 312
Sun Tzi, 74ème du Nom.
Grand Critique de Chine
- Résultat des recherches dans la section Française des archives Européennes de la Bibliothèque Universelle de Beijing. Âge Nucléaire, période Américaine B.21 et B.23.
- Sujet : Gassaya Nemo, écrivain et influentogogue. 1986-2053. France. Aspects littéraires et historiques. SN : AS 17 361 ZH)
Il est heureux que la millénaire et mille fois glorieuse Culture Chinoise ait eu l’intelligence de sauvegarder les archives complètes du premier Archéologue des Dénoms. Ce fut un homme intelligent, cultivé, mais trop passionné et sujet à ses sentiments. Sa célébrité fur nulle jusqu’à sa découverte par un fameux critique : le Doge de Jade (caste des Electrochocs, SN : BE 75 214 ZS).
On retrouve des traces de sa célébrité mondiale jusqu’à environ cent-cinquante ans après sa mort. Mais depuis les trois-quarts du dernier millénaire, la Bibliothèque Universelle de Beijing est la seule à avoir connaissance de ses travaux et de son existence.
Ayant acquis une certaine idée de l’homme en question, je considère qu’il est de mon devoir de le faire connaître aux honorables membres du Gouvernement Impérial Démocratique de l’Empire Chinois. En procédant à une réorientation de 1ère Classe, pour laquelle je conseille Sa Soumission Derain Bylae le 18è, il serait possible d’utiliser Gassaya Nemo pour la Propagande Impérial, par méthode de Détournement de Folies. Il est en effet clair que dans un âge avancé, cet auteur a été atteint de Schizocolique Unilatérale d’ordre 2 ou 3.
Parmi les quelques 97 000 pages manuscrites que j’ai classées comme achevées, on trouve : 4 910 pages d’inspiration Lovecraftienne directe, 13 120 pages d’Horreur fantasque, 6 350 pages d’Absurdisme teinté de Dadaisme tardif, 890 pages d’analyse auto-retrospective, 8 430 pages de philosophie hétéroclite, 20 990 pages de romanesque conventionnelle, 7 450 pages de néo-spiritisme secondaire, 18 120 pages de Poulpisme aigu, 4250 pages de poésie de type 1B et 3A et C, ainsi que 12 490 pages de catégories résiduelles.
D’autre part, sa correspondance est la plus considérable découverte à ce jour et l’une des plus conséquentes à ma connaissance : 744 907 pages connues. Elle est d’une importance considérable pour la compréhension du XXIème siècle pré-chinois, tel que reconnu par l’ancien calendrier occidental.
Je recommande au Gouvernement Impérial d’imposer le secret pour cette partie de sa vie. Quant à sa production littéraire, les courants d’horreur, d’Absurdisme Dadaiste et de Poulpisme sont les seuls réutilisables. Son indépendance d’esprit nécessitera de nombreuses retouches, mais le résultat en vaudra la peine comme nouvel outil de conditionnement par la folie.
07/09/2241
Par ordre du Gouvenement Impérial Démocratique de l’Empire Chinois, il sera procédé à une Popularisation d’orde littéraire partiel du ci-dessus nommé Gassaya Nemo, en vue de la Campagne Mondiale de Propagande n°831 412. Au bout de trois ans, il sera publiquement dénoncé et interdit. Ses archives seront brulées selon la procédure de remplacement habituelle. Cette tâche est confiée à Derain Bylae. Une somme de 4000 Unités d’Épices est débloquée.
07/09/2247
Affaire Gassaya Nemo classée : brûlée après utilisation. Une prime a été attribuée sur ordre du Secrétariat aux Affaires Culturelles du Gouvernement Impérial Démocratique à Derain Bylae et Sun Tzi 74ème du Nom.
19/03/3628
Ordre du Comité Révolutionnaire de Pekjing-Beijin :
La 8 732è recherche dans le passé sera dirigée par le Professeur 629 232 A41 FR. Elle aura pour mission de contacter Nemo Gassaya en vue d’en faire un portrait détaillé et de rapporter ses archives du passé. Après étude de ces archives, la 8 942è mission sera consacrée à un interrogatoire autoritaire non violent sous psychose 2A, avec quarantaine du patient. Le compte-rendu devra estimer la réutilisation et la réactualisation nécessaires et possibles de l’oeuvre et de la vie du patient.
01/07/3651
8 732è mission : Compte-rendu
Patient fasciné et fascinant. Réaction du type intellectualiste aigue 21, personnalité F2011. Intérêt Majeur. Archives acquises. Autorisation de Mission 8 942, conformément à la Directive du Comité Révolutionnaire correspondante.
01/07/3654
8 942è mission : Abandon
Raison :
- Suicide du Professeur 629 232 A41 FR.
- Disparition non résolue du Patient.
- Equipe de sauvetage abattue
- Archives brûlées.
Il s’agit d’une perte majeure pour le Nouvel Empire.
Procédure d’enquête de Classe B-Prométhée déclenchée.
21/04/3658
UBIK
Fin du dossier
dgrv
20/03/2003-
29/01/2011
29 octobre 2010
L'ultime Liberté
Suite à une agression violente, j'avais besoin d'exorciser ce qui continuait de tourner dans ma tête, voici donc un poème trop long et non retravaillé...
L'Ultime liberté
J'ai toujours voulu mourir au coin d'une rue, perdu au fond du trou
bourreau, victime, coupable
et seul auteur de tout méfait, de toute violence
commise, subie, aimée
j'ai ce rêve de silence, parfois, d'ultime liberté
de coup porté à la mâchoire, de vie, d'espoirs brisés
cette violence qui s'exaspère, verse mon sang
par litres
à la risée d'un monde qui m'ignore
et me brûle partant tandis que j'hurle à tort
qu'une rafale m'attend et meurt, en attendant
de rire un peu trop fort, au fond d'un trou saillant
de ma peau délicate, mon teint ampoulé se fissure, éclate, et livre son corps et son sang
les os liquéfiés je glisse, glacé, éboulis d'hématomes pensées
cette affreuse violence m'angoisse et me pousse à crier
je crie
je m'écroule
et je ris
puis je crie
et je hurle jusqu'à vouloir mourir
au coin d'une rue
je perd mon sang
tandis qu'une main molle se tend
l'esprit divague, vrille, et je ne sais plus rien
je ne sais plus savoir
je
n'est plus
tout se dissout
je ne respire plus
arqué
brisé
ultime instant de ce cri intérieur
et le corps a lâché
silence absolue
PEUR
26 octobre 2010
Dedans/dehors
Malgré ses maladresses, j'espère que vous verrez au-delà...
D
E
DEHORS
A
N
S
Pour M.
J'ai pris mes peurs et j'ai couru jusqu'au bout de l'abîme
j'ai sauté, volé comme un enfant,
le vent
m'a pris dans ses bras, m'a léché le visage, d'amour
et là
parmi vous
j'ai rêvé d'une vie sans absences, de cœur et de fer
d'intense sommeil et de travail sur soi
de voir à l'horizon et d'être près de toi
J'ai cessé de mettre des rimes à mes portes
un jour
quand la peur du néant s'en est, tranquille, allée
et je ne nierai pas
la mort
cet infini, m'effraie et me console
on m'attend, chaque nuit, mais non plus chaque instant
du côté de mes morts, ceux qui squattent mon cœur
Et si je n'oublie pas, je ne suis oublié
la seule façon de savoir que j'existe
sous les soirs froids d'hiver, par le ciel enfourné
c'est frapper quelques coups au portail des belles gens
de ceux dont j'ai l'espoir de voir fleurir le cœur
et d'embaumer le monde dont ils sont
dont je suis.
Trop souvent, dehors, emmitouflé
je suis resté à la fenêtre,
étrangement heureux de souffrir à regarder dedans,
réunis et bavards, ces gens que j'aime tendre,
infinis de grâce marchant sur ma Terre
amis, aimés, aimants
Dehors, il y avait, cette tristesse douce
qui me faisait souffrir et me rendait spécial
qui me faisait pleurer dans un vide glacial
et j'ai vécu dehors
jusqu'au jour, où j'osai frapper un peu plus fort
le bonheur n'étant pas aveuglant,
on m'ouvrit
et j'appris à rentrer, laissant le froid, l'infini de mes peurs,
quelque part,
enterrés sous un amas de neige
triste et seuls avec soi
je repris les battements de mon cœur.
La mort
cet infini, si proche, me fascine
et parfois je la vois, au dehors, qui m'attend
pourtant
le cœur des voix m'enchante
merveille
et j'oublie d'avoir peur
...
Au milieu des sourires musiques de douceur
et, sans condition, des paroles données
j'entends silencieuse presque, parfois
une âme à la porte frappant sans y croire
et je crois
je crois en toi.
23 septembre 2010
(R)ÉVOLUTIONS
Voici bien longtemps que je n'ai plus écrit ici. Et pour cause. L'écriture m'est une souffrance, une exigence, un effort immense. Et, allergique à l'effort que je suis, j'ai donc pratiquement cessé d'écrire récemment.
Toute ma vie est en train de basculer lentement dans un monde nouveau. Elle a connu des révolutions hors de toutes proportions précédentes dans leur réalité concrète pour moi. Autrement dit, si dans la décennie précédente (1998-2009), les (r)évolutions de ma vie étaient intérieures, un long chemin de croix, remise en question permanente, changement lent et irréversible de ma vision du monde, désormais, je viens de m'engager dans ce qui s'annonce comme une nouvelle décennie, cette fois caractérisée par des changements directement visibles, s'affichant et transformant en profondeur, mais aussi en surface, ma vie, ses horaires, les objets qui m'entourent.
Une petite liste pour faire démonstration :
- depuis un an, je vis sur iphone, connecté en permanence. La seule manière d'échapper à la réalité et à mes obligations est de nier. Situation morale qui se révèle vite intenable. J'ai créé une écologie d'existence sur ce support, qui me relie à la réalité (calendrier centralisé, podcasts, emails, liste des choses à faire)
- Depuis un an et demi maintenant, je travaille tout le temps, ne fuyant plus un boulot au bout de deux mois. Plus le temps passe, plus ce que je fais me plaît et est proche de ce que je rêve.
- depuis trois ans, je ne me déplace plus qu'à vélo et tiens mes engagements dans le domaine, ne cédant pas à la facilité. Je commence à maîtriser le domaine.
- Réinvention complète de mon espace de vie et de mes outils de travail. Ce travail de transformation vise, à terme, à créer des conditions créant un confort de travail, donc le moins de frottement possibles entre moi et le travail
- Bien qu'éphémères, j'ai su mener à bien, ou au moins porter un temps, des projets personnels : Dream on, un court-métrage qui est presque fini. Je continue de chercher une démarche de psychothérapie adaptée. Malgré mon désir de fuite, je m'accroche.
Cette année nouvelle s'annonce comme la plus riche de mon histoire depuis Louis-le-Grand si je continue dans la voie annoncée et engagée. Grâce à ma réflexion depuis plus d'un an, je commence à me situer par rapport à ce monde, définissant les positions que j'appuie par des engagements réels.
- apprendre le japonais
- être bénévole à la Goutte d'Or comme écrivain public et enseignant de français.
- être bénévole au planning familial. Et je semble être le premier homme bénévole à Paris, donc m'accrocher.
- continuer de travailler pour ma boîte de prod. (difficultés en ce moment, mais à surmonter. Problème de contraintes temporelles)
- faire le nécessaire à l'anpe, faire une formation technique de cinéma et trouver une nouvelle boîte de prod.
Mes buts cette année :
- S'il faut en retenir un : CRÉER DES RYTHMES ET HABITUDES DE TRAVAIL. En bref, apprendre à surmonter ma peur de l'effort et me mettre au travail, parvenir à me créer des régularités dans ma vie. Des actions qui ne reposent pas sur un élan temporaire, mais sur un effort continu, à petite dose. C'est la révolution absolue que je vise, un retournement de tout mon système d'existence.
- continuer de développer des projets perso (pour l'instant en pause, à part le 48hours project en octobre)
- assurer mon indépendance financière et vivre à part.
Mes buts futurs :
- faire et maîtriser un sport de combat.
- finir d'apprendre l'allemand.
- courir un marathon et pouvoir faire des randonnées en courant.
- fonder une entreprise et la mener à bon port.
- parvenir à construire une relation amoureuse stable et m'engager.
- trouver et faire le(s) boulot(s) de mes rêves.
Jamais de toute ma vie je n'ai été aussi fort intérieurement, aussi stable, aussi calme, fondamentalement. La confiance que je ressens n'est plus cette confiance aveugle en mes super-pouvoirs contrebalancée l'instant d'après par un désespoir sans fond, mais une certitude forgée par ce que je vois quand je regarde le chemin parcouru depuis aussi loin que je me souvienne. Remontant jusqu'à la maternelle, et à des souvenirs traumatiques d'un univers où tout m'échappe et où j'ai identifié la plupart des êtres humains à des êtres avec lesquels l'interaction est au bord négatif de l'absurde impossible. Essayant de donner sens à un monde que je ne comprenais pas, réfugié dans ma forteresse de solitude, préférant un univers intérieur où la maîtrise absolue était ma règle, mon refuge, à un monde extérieur dont les règles d'interaction et d'interprétation continuent de me donner des maux de crâne et des heures de questionnement indécis, aboutissant à des actions sanctionnées par les réactions des autres, un sentiment de malaise et d'échec permanent.
C'est de là que je me bats pour m'extirper. Sans la violence que j'ai pu exprimer, mais avec une douleur insondable et permanente, dont la conscience n'efface pas l'effet, seconde après seconde. Moins de violence dans mes relations de coeur aussi, où le désir absolutiste d'amour est remplacé par une maturité plus grande permettant de mettre à distance et supporter le manque. Manque d'amour, d'affection, de chaleur humaine et de présence. Et si j'ai conscience d'avoir laissé filer la femme de ma vie, et quelle que soit contradictoire ma conduite vu de l'extérieur, mon coeur reste fidèle et inébranlable. Pour la première fois, je sais ce que je veux.
Et, sachant ce que je veux, je cherche les moyens concrets de réaliser cela. C'est en cela que mon seul et unique but de cette année, indépendamment de n'importe quoi d'autre, qui est secondaire, est de créer enfin cette habitude qui permet l'addiction au travail, en tout cas de donner à l'effort régulier une place réelle dans ma vie.
Ceci dit, je revendique toujours avec la même force les contradictions comme une des définitions centrales de la nature humaine, de ma nature.
Nous verrons à la fin de l'été prochain le chemin fait et les engagements tenus ou pas. Et j'aurai cette page pour me référer à ma vision actuelle.
Il est temps de me battre pour le monde dans lequel je veux vivre et la place que je veux y tenir.
See you in the real life.
23 juin 2010
Dreams of Far Away
La poésie est ce qu'il reste quand les larmes sont sèches. Ce qui suit n'est pas un profond travail d'écriture, juste une manière d'exprimer l'inextinguible douleur...
JE RÊVE
Chaque jour, à l'ouvre-oeil
je rêve un monde entier
de sa naissance à sa finalité
chaque bouquin, de page en page
je rêve à cet ailleurs
qu'en mon antre mon sein je pleure
et toi, mon Amour
tu es mon rêve quotidien
même si le silence souvent me retient
même si j'oublie de crier, de prier, de te dire
simplement
ce que je ressens reste coulé au fond de moi
envolée la rime poétique, le chant de l'intérieur
et vieillis ces rêves parfaits, autiste, je suis, je meurs
et trop et pourquoi pas, impossibles rêves d'ailleurs
je rêve ce monde intérieur
et le sens qui n'est
nulle part
d'où l'art
que je lis
d'où ces mondes rêvés qui me font voyager,
de toute conscience à l'orée
Je me rêve le Dieu fondé fou
celui qui peut tout et veut
ce qu'il doit
ce qu'il faut
ce qu'un Homme ferait
celui qu'il n'est pas
________________________________________________________
ÉPAVE HORIZON
Je suis l'enchaîné
l'Homme qu'est déphasé
celui dont l'esprit, éternel aux côtes de l'Enfer abîmé
pourrit à l'orée des Mers Liberté
Je suis l'épave d'une vie,
seul et seul à l'abandon, carcasse vide
de coeur, d'âme et d'être
Je suis l'enchaîné
Au fil des marées, des jours et des reflux
on oublie ce qu'on veut, on se laisse porter
je me laisse porter par de fausses idoles, désirs sous-titrés
pour nos coeurs malvoyants, désirs qui nous font
qui me font
enchaîné
Au fil des marées, aussi, le regard se perd au loin, dans la folie de cette Mer déchainée, immense Vie, origine et fin, tentant de tendre mes planches pourries vers le salut d'un naufrage éternel, tout au fond, tout là-bas, noyé de vie, de flots à jamais en mouvements, jusqu'à la fin du monde, de notre monde.
Je suis l'enchaîné
Faire partie de quelque chose
noyer, l'espace d'un flot de Lumière, cette solitude
cette pierre dans mon coeur
cette imperfection insoutenable
Et parfois, tout est clair et simple
et je suis ce navire qui pourrit entre deux
toujours tendu vers l'infini
d'Amour.
mais
Je suis ma Destinée
L'Enchaîné
ce que le coeur me dicte et Peur me fixe
Dieu de l'Enfer ivre en pleine rixe de sentiments
immobile épave d'un corps né vivant
Je suis l'enchaîné d'atroces douleurs
fantômes d'un passé bulldozer
effaçant le poing serré d'avenir
Reste le pire
la douleur
les pleurs
et l'espoir du combat à mener.
10 mai 2010
Hope and Glory
J'ai un tournage mercredi. Je tourne un court-métrage pour moi. Pour la première fois, au lieu d'espoirs vagues, je me dis que je peux faire quelque chose de concret qui donne un bon résultat, même si le tournage ne sera pas de tout repos... Je suis heureux. Je vais pouvoir finir de monter enfin ce premier court que je n'avais jamais achevé, et que je dois bien aux acteurs et à ceux qui y ont participé et m'ont donné plusieurs nuits.
C'est dingue à quel point d'arriver à faire, à agir, change tout. Je suis enfin passé dans le monde réel, celui où j'ai un avenir, où je vais enfin pouvoir construire une vie bien à moi. Et le projet de vie que je porte en moi, qui m'habite avec force depuis toujours, va pouvoir enfin mûrir et s'épanouir, s'incarner dans quelque chose de visible pour les autres.
Et oui, c'est fatiguant, et oui, je vais avoir beaucoup moins de temps libre qu'avant. Surtout que j'essaie de mener de front mon travail à la boite de prod et des projets personnels qui ne me rapporteront rien si ce n'est l'expérience. Je n'ai ainsi pas été au cinéma depuis environ deux semaines, ce qui est horrible, mais bon. Je préfère les choses ainsi à continuer ma consommation boulimique de cinéma. Consommation qui devrait par ailleurs enfin me servir à quelque chose.
Ce qui m'arrive est, de fait, une mutation complète de mon système, de mon modèle économique. Lorsque le vidéoclub fermera, je serai tout seul, je n'aurai plus de plan de secours. J'aurai un loyer à payer, ma nourriture à acheter, toutes les traites mensuelles qu'exige la vie technologique en société. Un autre modèle de vie, où assurer mon indépendance doit s'équilibrer avec poursuivre mes ambitions.
Signing out to a new life that requires daily fight.
dgrv
18 mars 2010
Going out the window...
C'est étrange comme le monde peut vous affecter parfois... Voici un poème pour une amie qui a perdu un cousin et ami proche.
Il est brut, peu retravaillé, et j'ai décidé de le laisser tel qu'il était après moins de deux heures de travail. J'avais dit ce que j'avais à dire, et ce n'était pas une recherche d'art, simplement une forme d'expression d'un espoir de vie.
AURÉLIE
Quand cet ami te quitte
mon amie
c'est tout un monde qui s'en va
Une singularité soudain en vadrouille
qui a perdu son sens, ses rêves, a laissé tomber l'ici
et simplement, a pris ses jambes à son cou
sans vraiment de pourquoi, ni même quoi que ce soit
Mon amie,
tout se dissout, s'évapore, ne reste que ce vague parfum d'un être
et de la couronne d'objets et de pensées, de liens et d'espérances perdues
brisées, par ces choses de la vie
mots
ces choses qu'on ne dit pas, qu'on garde pour soi, qu'on souffre au plus profond
si profond
si loin de tout, bruissement qui nous touche invisible
et cette virulente douleur, pourtant, est le sida du coeur
l'âme se flétrit, croit mourir, Icare, plus proche du soleil
de celui qui, parti, lumière et présence éternelle
nous veille
du côté qui est, sans plus se battre, calme, immobile
Aurélie,
l'ailleurs, étrange, d'un monde qui s'ignore désormais
flotte autour de toi, chaque jour de ta vie
jusqu'à ce que mort s'en suive, au long cours d'un chemin
où j'espère te croiser nombre fois, et nombre encore, et nombre jusqu'à vieillir d'avoir vécu
intensément
deuil d'aimé, aujourd'hui, du printemps à l'hiver
c'est le temps, c'est le temps et lui seul
linceul de nos errantes souffrances, qu'intransigeants nous sommes
et se battre, laissés à nous-mêmes, cette brisure, névé d'écorce en écorce d'une Terre soudain vide
je las
sans t'aider
souffle étrange dans les bras, le cou
reprendre cet insoluble goût
à la vie
post trauma, post mortem
Aurélie
cet instant
son coeur a fini de danser, léger
le tien a sursauté, tremblement de foi, hurlement prolongé
et quelque chose ne sera plus jamais comme avant
c'est con, ça fait mal, c'est comme ça
t'as une envie de défoncer le mur à coup de tête et de n'importe quoi
(il sera de l'autre côté, certitude de condamnée)
mais le mur, il s'en fout, et l'autre côté n'est qu'un vide de plus
Aurélie
le vide n'appelle pas le vide
le vide appelle le plein
crée
danse
hurle
joue
écris
pleure
tant que tu vis, je serai là
et le reste du monde
et même cet ami
qui n'est plus
sera toujours dans l'air du temps
de ton temps
chaque année
chaque mois
chaque semaine de ta vie
le plus petit jour de n'importe quelle semaine
l'heure la plus insignifiante pour qui que ce soit
d'autre que toi
chaque minute
chaque seconde
et chaque fraction de fraction de seconde
il sera là
Porté en toi, parce que tu te bats, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à tomber sur le sol
et respirer âprement cet air qui t'épuise
à force de ne jamais lâcher ce désir de vie, si intense, si voilé d'incertitudes
Tout passe
Le lien
réel
est
L'horizon, au loin, commence à se réchauffer doucement, les nuages semblent moins épais.
Au réveil, c'est un bout de soleil qui ouvre la danse. Fermer les yeux, et sentir passer sur ses paupières, ses joues, lentement descendre sur les épaules, les mains cette chaleur qui rend la peau plus sèche et semble envahir le corps entier ... Se rappeler l'intensité chaotique de la nature, les craquements d'un bois l'été, l'odeur de sapin et des mille fleurs d'une prairie, entrevoir un cerf qui s'enfuit au loin...
Aurélie
à jamais espérer
ne jamais baisser les bras
à jamais aimer
toujours, tant qu'un souffle de vie
être là, réelle, le coeur qui bat la chamade, la Merveille
cet arcensoir dont tu as ouvert les portes
guide nos pas
09 mars 2010
Rebecca
Mon nom est Rebecca
j’ai l’insomnie facile
elle se glisse chaque soir
au creux de mon duvet
lisse qu’exorcise les rêves, les fous
jour-le-jour, fatiguée, je me traîne
répétitive conscience pendue au plafond
mille pièces éparpillées aux cent coins de mon
appartement
D’un bout de mon lit
à l’autre de l’esprit j’erre
cage fermée, trappe à démon, je catch
je frappe le mur, le coussin
l’autre en face, le vide
jusqu’au matin petit
celui qui ne veut pas
lâcher l’affaire en cours et rêve sans fin
tandis que moi, j’ai cette faim de loup
de sommeil
Au fin fond de la nuit
Faut-il prier ?
Que ne sais-je m’accroche
prend tablettes et pilules
toujours plus proche du matin
j’attend la fin…
Le Pont
De monts en merveilles
et de mythes en façade
tout se déchet
tout se dégrade
chaque homme perd le Nord et son Là
l’âme se vide, se fade, se vautre
On n’en finit pas de finir
Terre de l’incessant trépas
Un jour la vie commence
pourtant
et le cœur a vécu cent fois trop
mais qu’importe !
on se lance, avec toute la fougue des ans passés
Celle qu’on a accumulée au fil des déconvenues, des sourdes tristesses entretenues savamment
Au bord d’un gouffre illusion
seul
Lorsque le choix n’est plus
Faire la preuve de sa valeur ou pourrir
Avec la lenteur de la vieillesse qui approche, son suintement disgracieux
L’esprit alerte, se battre
Jusqu’au dernier neurone
Après avoir usé ses larmes, ses rêves et l’espoir qui restait
Se battre, toujours
Sans raison, par amour et passion, malgré tout, malgré soi
Parce qu’on a perdu trop, qu’on ne veut plus rien perdre
Qu’on a trop oublié la simple vérité
L’évidence d’une vie, de sa vie
Qui est
Egaré des méandres labyrinthe d’un esprit tortueux
ENFIN LIBRE !
Petite cuisine de la vie
Au bord du gouffre, je morfle.
Ma vie est une gauffre, je la bouffe en passant.
06 mars 2010
VOYAGE(S)
Entreprendre un voyage comme
celui dans lequel je me suis lancé mercredi dernier est un de ces actes de défi
qu’on a besoin de lancer face au vide froid du monde. Pour trouver un sens.
Pour se battre. Pour lutter contre tout ce qu’on perd.
Alors que j’avais décidé d’aller au Luxembourg, voir une amie, sur un coup de tête, parce que j’avais besoin de faire un acte qui fasse sens et change mon quotidien, je me suis réveillé en pleine nuit et ai décidé que j’allais essayer de faire les 350 km du chemin à vélo.
Première étape : réparer mon vélo. Réveil à 9h, descente en bas dans la cour, décarcassage, nettoyage… Comme tout était sur un coup de tête, je n’ai pu partir qu’à 16h. Longue préparation donc. Cette non préparation apparente et ces coup de tête ne sont pas de l’écervellement imprévoyant. C’est important de le comprendre. Ma pratique étendue de la randonnée, en solitaire, m’a permis d’apprendre à improviser. Et puis c’était mon coup d’essai. Rouler longtemps, rouler la nuit, avec un vélo de ville de base et de merde. Au départ, je croyais pouvoir y arriver. J’en fus très loin au final, et jamais je n’aurais pu parvenir à destination par ce moyen uniquement. Mais toutes les déconvenues que je vais vous narrer ci-après sont ce qui a donné sens à ce voyage.
Les trois premières heures furent lentes. S’extirper de la masse dense de la banlieue parisienne, des banlieusards qui quittent tous Paris vers la même heure. Se faufiler entre les voitures, se coller au trottoir, passer carrément dessus le temps de dépasser les bouchons, surveiller mon rétrivuseur… Tout ceci est la mécanique bien huilée d’un vélocipédiste parisien, à laquelle s’ajoute la vitesse de grandes voies de circulation. Une vitesse déjà ridicule de l’ordre du 13 km/h…
Parlons vitesse un instant. Mon vélo est lent, usé, n’a que trois vitesses fonctionnelles, tout est rafistolé. C’est un vélo de ville. En conditions idéales, j’y fais du 20km/h en plat, du 30km/h en bonne descente et du 15km/h en montée. A peu près.
Après deux heures lentes, je parviens enfin à accélérer tandis que la lumière baisse, sortant peu à peu des masses urbaines qui font Paris. J’ai commencé à rouler avec deux couches, et peu à peu, je mets de premiers gants, je rajoute mon protège-cou, puis je mets mon bonnet, par-dessus lequel je rajoute mon capuchon, puis je met ma polaire, et change mes gants pour de vrais gants en cuir rembourrés à l’intérieur. La dernière étape, que je fais vers 1h du matin consiste à mettre mon surpantalon. Trois couches sur les jambes, quatre sur le haut du corps. Je n’ai froid qu’aux pieds.
La gestion de la température est tout un art. Tandis que mes pieds gèlent, j’ai chaud ailleurs, parfois même trop. Ce management de température consiste à baisser et remonter mon protège-cou, à la manière des chiens qui laissent pendre leur langue. De cette manière, je parviens à rester dans des conditions optimales face au vent fou. Ce résultat qui peut sembler évident, est le fruit d’une optimisation de 15 ans de randonnée et de deux ou trois ans de vélo quotidien. A manque de préparation apparente, répond donc mon expérience, qui me garantit que rien de grave ne m’arrivera.
Mais revenons au concret du voyage. Il est déjà 19h30 passé, je roule enfin très bien depuis un bout de temps. Le soleil disparaît, je viens à peine d’allumer mes mini phares avant et arrière lorsque soudain, après seulement cinquante kilomètres, mon pneu arrière crève.
Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est ma première crevaison depuis les milliers de kilomètres que j’ai roulés. Je n’ai rien pour réparer. Absolument rien.
Je fais appel à mon iphone, qui me sert de gps lors de ce voyage. Il est resté autant que possible au chaud dans ma poche, déconnecté du réseau pour préserver sa batterie. Et, qui plus est, j’ai trois batteries de secours. Il s’avèrera au final, que je n’aurai même pas besoin des batteries de secours. La boutique de vélo vient de fermer une heure plus tôt. Je suis près d’un village de rien du tout, au milieu de nulle part, mais, première coincidence étonnante, à quelques minutes d’une gare.
Très vite, je me rend compte que je n’ai aucune solution et décide de rentrer. J’ai déjà pris mon ticket, lorsqu’un train débarque, et en sort une famille, jeunes parents et une petite fille de six ans à peine, toute mignonne.
Par hasard, parce que j’ai appris qu’il faut toujours essayer, et que bien que cela m’est à chaque fois très difficile et me demande un effort si démesuré que, souvent, de peur du regard imaginaire des autres, je n’ose pas, bref, pour toutes ces raisons, je leur demande s’ils n’ont pas une idée de solution. Et il se trouve qu’ils en ont une et que je vais passer les deux heures qui suivent en leur compagnie.
Les parents sont jeunes. Moins de la trentaine. Super sympas et gentils. Ils hallucinent quand je leur dis que je vais au Luxembourg et à partir de ce moment, l’hilarité aura du mal à les quitter. Lui a une moto cross, il me pose donc une rustine là où ma chambre à air a crevé. C’est la première fois de ma vie que je vois des rustines. Il me donne ce qu’il en reste. Autre signe de gentillesse.
J’essaye le vélo, il a l’air de marcher. Alors que je m’étais résigné à abandonner, je regagne un peu de courage. L’essentiel de ce voyage sera d’ailleurs un affrontement entre désespoir et courage, fatigue et force de volonté…
Je rebranche mon iphone pour le recharger, accepte leur invitation à manger avec gratitude. Mon dernier repas date de midi. Le problème du repas chaud avant la nuit que je repoussais se résout ainsi naturellement. Je parle avec la petite fille, qui n’a pas été sage, s’est mangé une claque et est maintenant toute tranquille. Une discussion philosophique plus tard, nous mangeons. Ca fait du bien.
Il est 22h passé lorsque je m’apprête à repartir. J’ai passé un très bon moment. On prend quelques photos bien décalées, qui seront probablement dans le coin. La nuit noire s’est installée. Je me dis que ça me met en retard, mais que ça me sauve du temps de voyage de nuit, donc économise les piles de mes lampes.
Je repars. Seulement, rien ne va se passer comme prévu. Alors que ma vitesse de croisière était enfin devenue intéressante, le vent se lève. Un vent de face direct, qui atteint les 50 à 60 km/h. J’estimerai plus tard que cela me fait perdre 1/3 de ma vitesse potentielle. Et tant qu’on en est aux pertes de vitesse, je perd probablement environ 5km/h par rapport à un vrai bon vélo, que ce voyage me décidera à acheter. Ce vent de face est l’un de mes grands ennemis de cette longue nuit qui s’annonce.
Contre le vent de face, toutes mes prévisions s’effondrent. J’espère faire mon voyage en 20/24h, mais ma vitesse de croisière est ridicule ! Très vite, je baisse à 12/13km/h de moyenne, descendant à 9km/h dans les montées, ne dépassant pas les 21km/h en descente. Tous ces chiffres parlent d’une chose : le combat physique et mental qui s’engage. Je ne suis pas réellement entraîné ni préparé à un effort physique aussi continu et prolongé. Mon trajet quotidien est limité, et le vélo de ville offre nombre d’occasions de se reposer aux feux rouges. Les montées et descentes sont également limitées.
Un autre ennemi que je vais affronter et qui va beaucoup me faire souffrir, c’est le froid. Dès que je m’arrête, le froid semble transpercer mes vêtements, je me refroidis. Je découvre rapidement que mon rythme diffère de celui que j’ai naturellement dans mes randonnées pédestres : Je fais une pause toutes les 2h au lieu de toutes les heures, avec, à partir d’une heure du matin, une pause toutes les demi-heures pour boire, voire manger. Ces pauses sont autant des répits mentaux nécessaires qu’une souffrance physique intense.
Au fil du temps, la fatigue gagne. Les voitures disparaissent. A partir d’une heure du matin, je ne croise plus une seule voiture, roulant lentement de croisement en croisement et de village en village, protégé par une lune quasi pleine magnifique, d’un jaune-orangé doux et puissant à la fois. Voilée par un défilement de nuages plus ou moins légers, elle projette mon ombre dans le noir complet dans lequel je voyage. Vers 23h, mon feux arrière a en effet laché. Les piles fonctionnent, mais quelque chose semble avoir sauté. Mon petit feu avant, qui était cassé et que j’avais accroché avec des élastiques et du fil de fer, je l’éteins. Ne me reste plus que ma lampe frontale, puissante. Mais, à partir de minuit, elle commence à défaillir. Ne me reste plus qu’un set de pile. Je finis par tout éteindre et voyager dans le noir. La lumière de la lune est providentielle.
Depuis que je roule en vélo, je n’ai jamais eu de chance avec mes lumières… Une histoire de chance, je suppose. Dans tous les cas, ce voyage devient de plus éprouvant. Je commence à parvenir au bout de mes facilités. Chaque mouvement de pédale devient un effort de l’esprit autant que des muscles. Je dois me convaincre continuellement de continuer, côte après côte, descente après descente. Les premières sont longues, sans fin, les secondes passent trop vite et demandent un effort étonnant pour ce qui devrait être d’une facilité déconcertante. C’est donc, à partir d’une heure du matin, une longue nuit sans fin qui commence. D’un côté, je me rend compte que jamais je n’arriverai au Luxembourg. De l’autre, je n’ose pas encore envisage une solution et continue de rouler sur un chemin qui n’a plus vraiment de sens. Les paysages lunaires s’enchaînent, je traverse de petits villages silencieux, quelques très rares fenêtres allumées, sur de petites départemantales, dont je chasse la ligne centrale. Ligne continue, ligne plus ou moins effacée, m’éloignant des rebords invisibles et des dangers connus et inconnus qu’ils portent.
La Lune est mon alliée. Je me suis placé exprès dans une situation d’où je ne peux me sortir qu’en continuant d’aller de l’avant. Je n’ai nulle part où aller. Impossible de revenir en arrière. La nuit est au plus profond de son orbite. Pas de secours. Pas d’endroit où se cacher du froid. La seule manière de lutter contre le froid est d’avancer. C’est aussi la seule solution contre le désespoir. Solution que j’oublie trop souvent dans la vraie vie, celle où je n’ai pas cette absence de choix.
Car mon voyage est au final un voyage vers ce but, vers ce sens, qui, en ce moment, à chaque coup de pédale de ces heures profondes, est absent.
Et j’avance, je me bats, contre le vent, face au noir, face à la solitude, habité littéralement depuis mon départ par cette chanson sur Julie, mon amie morte, qui tourne encore et encore dans ma tête. La seule manière d’échapper à cette litanie qui me vrille le crâne et me plonge dans des souvenirs qui m’atteignent profondément est de hurler. Alors, au milieu des champs, je me mets soudain à hurler à la Lune, à hurler des insultes à ce monde qui me déchire l’âme et le cœur, j’hurle ma douleur, ma violence contenue.
Et ça fait du bien. Ca libère.
Peu à peu, durant ces profondes heures nocturnes, quelque chose se relève en moi contre le désespoir. Je me mets à réciter ce voyage, à raconter ce qui m’arrive comme je vous l’écris ici. Pour donner sens. Pour partager avec moi-même ce moment que je vis, cette épreuve que je traverse.
Vers 3h du matin et des poussières, je commence à relever la tête et à envisager un nouveau but : Désormais, je décide de me diriger vers Chalons en Champagne, qui est à 65 km de distance. J’ai déjà 110km derrière moi. Un sacré chemin pour moi. Plus que je n’en ai jamais fait ! C’est donc un but raisonnable. 13km/h pour prendre le seul train qui me permettrait d’arriver tôt au Luxembourg.
Mais deux heures plus tard, je me rend compte à nouveau que jamais je ne parviendrai à atteindre ce nouveau but, bien plus proche. Le désespoir me gagne à nouveau. Sans compter la fatigue qui s’ajoute à mes autres ennemis. Je commence à fermer les yeux comme on le fait au volant, mon vélo se déporte jusqu’aux bords, où, secoué, je reviens à moi, rouvre les yeux contre tout désir de confort, et continue, jusqu’au prochain coup de fatigue, quelques mètres plus loin.
A nouveau, je me retrouve au cœur de la nuit, désespéré, solitaire. Quand soudain, je relève la tête et vois les étoiles, ébloui… La Lune me protège. Une calme certitude me gagne peu à peu. Je continue de lutter à chaque coup de pédale, mais désormais, c’est une calme détermination qui m’habite. Le soleil se lève à 7h27. Je compte les minutes qui défilent. A un croisement de chemin, j’ai décidé de changer encore de chemin et d’aller vers Reims, quelle que soit l’évidence que je n’arriverai jamais à temps. Malgré tout je me bats, je continue, je profite.
C’est alors que je crève pour la
deuxième fois. En plein milieu d’une route toute droite, bordée par une lignée
droite d’arbres, balayée par un vent violent. Et, après quelques minutes à
espérer pouvoir continuer à rouler, je me rends à l’évidence et m’installe sur
le bord de route pour essayer de coller une rustine sur ma chambre à air qui,
comme je l’ai découvert chez la famille qui m’a accueilli, semble trop grande
pour ma roue. Je vais passer deux heures, littéralement congelé, sous le vent,
à tenter de coller ces foutues rustines sur ma chambre à air ! Je vais m’y
reprendre à deux fois, avant de, finalement, me rendre compte que le jour s’est
levé, que mes oreilles, mes mains, mes pieds sont au bord du négatif, et que je
n’y peux rien.
Sur mon iphone, je repère un magasin de vélo dix kilomètres plus loin. Je roule alors lentement, et au moins une dizaine de fois, je dois regonfler mon pneu. Lorsque j’arrive au magasin, il est 9h passé, je suis presque arrivé au bout de ce périple et de l’autre côté de cette longue nuit. Je n’ai pas eu d’accident malgré mes problèmes de piles et de lampes (mon utilisation de la lampe frontale consiste pendant l’essentiel de la nuit à l’allumer dès qu’une voiture approche et à l’éteindre dès qu’elle s’éloigne. Cette histoire de lumière encore : réparant mon vélo en bord de route, un livreur s’arrête pour me demander d’allumer une lumière, parce qu’il n’arrive pas à me repérer. Une fois que ma lampe clignote, c’est une floppée de voitures qui s’arrêtent pour me demander si je n’ai pas besoin d’aide. Au point que j’éteins la lumière.
Bref, cette aventure est un affrontement classique mais toujours aussi profond et cruel entre la nuit et le jour, l’ombre et la lumière, le désespoir et le courage, entre l’Humanité et l’Univers froid et impersonnel, infini et indifférent.
C’est ce combat que j’avais besoin de me remémorer, c’est pour me battre et me rappeler ce qu’est la vie que je conduis ces expériences contrôlées que sont mes randonnées pédestres.
Bien que mon voyage a été un échec sur le papier, il fait partie de ces aventures de l’âme qu’il faut entreprendre parfois et qui vous tombent dessus d’autres fois, ces aventures dont on sort éprouvé, mais grandi. Et un voyage parsemé de rencontres : cette famille qui m’a littéralement sauvé au milieu de nulle part, cette femme qui tenait le magasin de vélo où j’ai pu acheter tout ce qu’il fallait pour ne plus jamais crever, ce petit resto où j’ai pris, pour la première fois de ma vie, une grande assiette de kebab, frites et autres délices nourrissants, et que j’ai trouvé après avoir fait le tour de toutes les rues du centre-ville d’Epernay, qui fut, au final, ma ville-étape d’aboutissement, après 150km d’un trajet éprouvant mais salvateur.
Signing off
dgrv
09 janvier 2010
However hard i try, i always want to die.
But why o why o why ?
02 janvier 2010
Le dernier super-héros
THE LAST SUPERHERO
Un matin pluvieux de novembre 1986, la femme de ménage d'un petit hôtel de banlieue, près de Paris, trouva le corps pendu du dernier super-héros. André Marrieux s'était suicidé aux alentours de trois heures du matin, à l'âge de 10 731 ans, par pendaison. Il était le dernier de son espèce. Le dernier de ceux qui ont veillé sur la race humaine depuis son accession à un état qui peut être défini comme relativement civilisé, il y a environ dix-mille ans de cela.
Malgré les millénaires, on sait toujours aussi peu de choses de l'origine exacte de ces Super-héros, qui se préféraient par ailleurs le nom de « Veilleurs ». Il est maintenant établi de manière certaine, grâce aux autopsies et aux tests adn, qu'il s'agit d'aliens. Il est également admis sans contestation possible que les Veilleurs ne peuvent se reproduire, ce qui a amené certaines sectes à prôner l'idée qu'ils sont le résultat d'une recherche génétique menée par une race alien non dotée de pouvoirs. Ces sectes ont été à l'origine de la vague xénophobe d'attaques et enlèvements sur les super-héros dans les années 30. L'une de leurs Grandes Théories consistait à dire que les Veilleurs ne pouvaient se reproduire parce qu'ils étaient amenés à s'éteindre et à laisser l'Humanité grandir seule. Leur intention était d'accélérer le processus.
Avec les progrès technologiques accomplis par l'Humanité ces derniers siècles, les super-héros sont devenus de plus en plus obsolètes. Les armes à feux, les avions à réaction, la maîtrise de l'atome, les satellites, l'accès à l'espace et la circulation de l'information ont réduit la supériorité que donnaient aux super-héros leurs pouvoirs. Une fois leur mortalité clairement démontrée, leur fin ne fut plus qu'une question de temps. Les guerres, les sectes, les gouvernements totalitaires, les scientifiques un peu trop gourmands ou même les curieux sont responsables aujourd'hui de leur extinction. Leur nombre a commencé à se réduire à partir du dix-neuvième siècle et a connu une diminution drastique au cours des multiples grandes guerres du vingtième siècle, qui n'ont souvent duré que quelques jours grâce aux super-héros, mais qui n'ont cessé de revenir sur le tapis, encore et encore.
Ces deux dernières décennies, les super-héros étaient devenus de plus en plus invisibles, s'impliquant de moins en moins dans les affaires des hommes. Peu nombreux en comparaison avec la masse croissante d'humains, ils se rendirent compte les uns après les autres de leur inutilité et cessèrent de s'intéresser à quoi que ce soit dépassant leur vie individuelle. Cessant de s'intéresser au monde, ils finissaient par dépérir de manière assez étrange et qui semblait quasiment maléfique vu de l'extérieur. Les cinq derniers super-héros vivants ont été victimes d'attentats à la suite. La police scientifique suppose que le suicide d'André Marrieux est lié aux dix-sept attentats dont il a été personnellement victime au cours des trois dernières années.
Aucun message n'est parvenu de la part des autorités françaises ou européennes suite à ce décès presque attendu. Les autorités politiques ont cessé de soutenir les super-héros à partir des années soixante, à la suite de nombreuses études sociologiques ayant démontré la contre-productivité à long terme de l'interventionnisme des aliens aux super-pouvoirs. Après avoir été nombreux parmi les stars du cinéma hollywoodien et européen des années 30 aux années 50, les super-héros ont brutalement subi une vague de dénigrement. Presque toute collaboration avec les États a cessé. La protection policière souvent assignée aux super-héros aux frais de l'état a cessé du jour au lendemain. L'impunité judiciaire officieuse dont faisaient l'objet les Veilleurs a été abolie sans sommation. Bref, les super-héros ont eu la vie dure. Certains ont abouti en prison, d'autres jugés, condamnés et exécutés.
Les spécialistes estiment qu'au départ, les super-héros étaient aux alentours de dix-mille. Ce qui était un nombre considérable par rapport à la population humaine de l'époque. Les archives précises existent à partir du dix-huitième siècle, parfois à partir du dix-neuvième siècle. En 1900, leur nombre n'était plus que d'environ deux-mille. L'une des raisons estimées de cette réduction de population est apparemment la lâcheté des liens entre les différents super-héros et la faible coordination de leurs actions à l'échelle mondiale. Il semble qu'ils aient continué de fonctionner à l'échelle d'un village ou d'une petite ville, comme aux débuts de l'Humanité, incapables de s'adapter à la globalisation qui a bouleversé le monde au fil des deux derniers siècles.
Avec la mort si banale d'André Marrieux, dernier super-héros, c'est une époque qui s'achève. L'Humanité, qui a toujours été protégée, limitée, se retrouve désormais seule, seule face à ses questions. Seule face à ses peurs et à ses folies. Seule responsable de son destin. Qu'il soit grand ou terrible. Le dernier des Veilleurs est mort.
21 décembre 2009
Notes on decay
I am ever dying inside
ever closer to death
fear and loath close to love
i die and die and die
But am still here
Oh fucking why ?!
17 décembre 2009
PODCAST
Tous ceux que j'ai déjà envahi d'emails sont déjà au courant, mais voici, au cas où, toutes les données concernant le podcast que j'ai lancé
DREAM ON
The Daniel G. Show
Adresse :
Adresse du blog du podcast :
Pour tous ceux qui utilisent itunes, la manière la plus simple de suivre le podcast est de vous abonner. Pour trouver le podcast, rien de plus simple. Vous allez sur itunes store et vous tapez "dgrv". Vous tomberez directement dessus.
J'espère publier un épisode tous les dix jours, dans l'idéal...
29 novembre 2009
Podcast
Voici une première version du générique de mon futur podcast.
Les épisodes 00 et 01 sont en cours de finalisation. Un problème technique m'empêche de publier le premier épisode ce soir. A terme, et si les premiers retours sont bons, je mettrai mon podcast à disposition sur itunes.
feed://dgrv.djpod.fr/podcast.xml
14 octobre 2009
Post scriptum, ou introduction préemptive au poème intitulé "De la Souffrance"
Je tenais à préciser deux choses.
D'abord, je n'ai pas écrit depuis un temps très très long, hors quelques rares exceptions. Dans tous les cas, le domaine de la poésie est resté en friche pour moi depuis à peu près trois ans. Il y a longtemps, dans une autre galaxie, ma vie était construite et prenait sens entièrement autour de l'acte d'écriture, et spécifiquement autour de l'écriture de la poésie. L'écriture, à proprement parler, ne constituait qu'une fraction infime de l'ensemble du processus. Tout le reste de mon temps était orienté vers cette condensation finale de tout ce que j'accumulais le reste du temps. Prédisposition organisée au processus partiellement inconscient de création de la poésie.
Depuis trois ans, introduction à la réalité et à la vie active oblige et suite à une modification idéologique du cadre dans lequel mon système d'exploitation mental opère, la poésie a cessé d'être au centre de mon être. Donc, réécrire est extrêmement pesant, et sans le support d'un processus mental total organisé en vue de créer, c'est quelque chose d'extrêmement maladroit que je publie ici.
Deuxième remarque. Cette maladresse est encore accentuée par le fait que je viens de réaliser où reprenait ce chemin que j'avais interrompu en parvenant à ce qui, à mes yeux, était un achèvement accompli de la forme poétique qui constituait la forme et la matière de mon art. Et ce nouveau plan d'existence de l'écriture est une forme complexe et libre de prose poétique. Ceci en est le premier texte. A chacune de mes étapes, il m'a fallu plus d'un an pour parvenir à quelque chose de potable. Comme je n'ai aucune intention d'exercer mon esprit à cela, ceci est un morceau pour donner vaguement une idée de la direction où ma poésie aurait pu aller dans d'autres conditions.
Une des raisons pour lesquelles cela n'ira sans doute nulle part est que mon besoin interne d'écriture s'est effiloché au fil du temps. Il n'en reste que de vagues lambeaux. La souffrance a perdu sa place centrale dans ma vie (ce texte est sorti de la corroboration de l'effet sur mon esprit de deux films éprouvants : Boy A (un bijou !) et La journée de la jupe, vision acerbe et noire du système éducationnel d'aujourd'hui) Mon handicap de volonté m'oblige à laisser tomber toute ambition dans ce domaine et à accepter une vie de passivité.
Ceci dit, c'est mon plaisir de vous donner à lire ce petit morceau qui vient malgré tout de moi, et que je ne peux renier, parce qu'il est moi, à cet instant donné. Et ceci indépendamment du fait que lui et moi allons dériver vers des Terres différentes au fil du temps.
Poétiquement vôtre
De la Souffrance
De la Souffrance à l'état brut
J'ai perdu le chemin du retour
et le temps de mourir est passé
mot tableau de ce monde d'horreur
chaque étoile qui meurt m'a blessé
chaque vie que je souffre émeut l'âme
et les mots qu'on connaît sont passés
mais venir pour tenir l'ombre flamme
facile être à ton corps enlacé
à ton corps embrassé
à ton corps engoncé dans l'amour
effacé à ton corps d'éphémères blessés
d'os brisés à ton corps oublié dans la Terre
à ton corps cadavre d'or couvert adoré dort
À TON CORPS DE SOUFFRANCE QUE J'AIME ET ADORE
et que ne cesse de dire
et que ne cesse de rêver
et qu'à jamais
trouble coeur perfusion de méthane
suit l'instinct du désir d'Être aimé et mia erre ta mertume
la fatigue d'alcool vague à l'art
sans plosion
pas d'ex/plosif
sans amour extincteur
sans fibrodouleur, ingénieur accrocbaume
trapéziste moureur et fleur de sel de bleus d'erreurs mortelles et des feux en moi sans foi ni
rien
et encore
toujours
finalement
rien
tentative de vivre sur mille palliers
et une nuit
mille errances d'arcade, perdu
et une de gagné
dans l'infini Borgès
librairie Monstre
et derrière le rideau, Méta taudis de fer
paradis de l'enfer
Métaparadis va te faire...
Da la Souffrance pure et de son raffinement
La violence étiolée s'attache
à subir
vivre étreinte
seule et douloureuse
creusant sa tombe de sangle sanglots
construit tout doucement
belle et paresseuse
un sens étrange animée de sueur animale
glissante torpille
C'est d'un rêve qu'il porte le coup fatal
Et brisant l'élan, toujours tu croyais descendre d'Adam et Eve et finir auprès d'un Esprit
Et la Souffrance fut. Solitaire appui, unique preuve d'existence. Ressenti étrange.
Et Dieu vit son oeuvre. Et il fut content. Et il souffrit. Et l'Homme dieu
ou le Di-Om
rêva
cauchemar éveillé
de les éventrer tous
de leur arracher la tête
ou le coeur
mets de choix
et pluie de torrent, l'Homme se souvint de ce jour à venir
où tout a été mort
et rien ne va ternir
la pureté cristal
d'un Pierremonde à la conscience trop étale
pour vivre, concentré, vivre de douleur si intense que rien ne reste que de détruire TOUT DE TOUT DE TOUT et de l'ensemble infini de cette chose qu'on appelle l'âme du monde
Et nulle âme
à ton corps adoré
adhéré désormais montagne et plate cime
ne rêve que ce reste
et sans toi désormais
la souffrance s'arreste
à ton corps démembré
Définition Absolue de la Souffrance
J'aime
09 juillet 2009
Sa Majesté la Courge
Voici un petit texte écrit en collaboration avec mon amie Emilia, il y a quelque temps de cela. Je tiens à ajouter que si quelqu'un souhaite illustrer ce petit conte moral, ce serait génial !
LES CONTES DU POTAGER
SA MAJESTÉ LA COURGE
Dans le ventre de la Courge vivait une large population de Cotillons, peuple élu et sujets digestifs de Sa Majesté la Courge, portant chapeau noir, barbe et papillotes. Ceux-ci se nourrissaient de tout ce que la Courge avalait et étaient capables de tout digérer pour elle. Sa Majesté la Courge aimait bien ses nombreux sujets et se sentait plus importante de les avoir sous ses ordres. Ils lui obéissaient toujours en tout et la chérissaient. Elle les autorisait à faire la fête tous les soirs, bercée par la musique qui venait de l'intérieur. Les Cotillons étaient heureux et digéraient, alors elle se sentait bien.
Mais Sa Majesté la Courge avait un gros défaut : elle était fort orgueilleuse. Mal lui en prit.
Un jour, Le Grand Potiron prétendit qu'il était supérieur à elle parce qu'il pouvait manger des pierres et les digérer, contrairement à certaine courge de sa connaissance ! Furieuse, Sa Majesté la Courge se répandit en invectives et saisit le Potiron par ses racines. Prenant les Carottes pour témoin, elle avala la première pierre qui lui passa sous la patte. Les Carottes hoquetèrent d'horreur.
Ce qu'elle ignorait, c'est que le Grand Potiron était rongé de jalousie, au point d'en devenir vert. Ayant pris les Carottes en otage, il les avait obligé à fabriquer un poison à base de plante qu'il avait répandu sur toutes les pierres du potager. Lorsque Sa Majesté la Courge avala la pierre, elle ressentit une crampe à l'estomac. Puis, elle se sentit mal. Très mal.
Lorsque Le Grand Cotillon sortit de sa case pour aller déjeuner, il découvrit une énorme pierre de la taille d'une montagne, d'une couleur vert-bleu peu ragoûtante. Sonnant la cloche du repas, le Grand Cotillon saisit dix morceau de pierre de ses dix petites mains et les porta à ses dix bouches. Instantanément, il fut pris d'atroces vomissements et tomba sur le sol courgesque dans un délire terrifiant. Les petits Cotillons se rassemblèrent autour de lui, apeurés. Revenant un instant à lui, le Grand Cotillon hurla "Gloire à Sa Majesté la Courge ! Obéissance et honneur". Un râle insupportable suivit. Puis ce fut le silence. La Grand Cotillon venait de rendre l'âme. Une pluie de mini-cotillons s'échappa de lui, se répandant dans l'atmosphère interne de la courge.
Une grande tristesse s'empara de tous les cotillons. Le dernier né, Alfred le Cotillon, qui n'avait peur de rien parce qu'il était inconscient des dangers de la vie, s'avança alors au milieu de tous. Il se lança dans un discours qui enflamma le courgettisme de ses compatriotes. "Au nom de Sa Majesté la Courge et en mémoire du Grand Cotillon, nous allons sortir et trouver les coupables pour les punir !!!"
La troupe des Cotillons s'avança alors vers les sorties de secours éclairées de rouge, qu'ils n'avaient jamais empruntées. Mais au dernier moment, le Grand Cotillon eut un sursaut de vie et s'écria : "Non, mes chers Cotillons ! Vous devez rester pour assurer votre devoir envers Sa Majesté la Courge !" Puis mourut une deuxième fois.
Alfred le Cotillon divisa alors le peuple élu en deux. Les uns restèrent sur place pour digérer, et les autres remontèrent les escaliers de secours qui menaient à la surface. C'était la première fois qu'ils sortaient et leur peur était grande. Mais leur courage était plus grand encore.
La Courge, souffrant d'un atroce mal d'estomac, gisait sur le sol, ses pattes ployées, immobilisée par le poison qui se répandait en elle, émettant de faibles grognements. En face, le Grand Potiron dansait une folle danse de la victoire, portant son nouveau tee-shirt : "King of the potager". Son expression halloweenesque faisait peur à voir.
Malgré un vent d'une force inouïe, Alfred le Cotillon n'hésita pas une seconde et se jeta dans le vide. Tirant sur ses papillotes, il déploya son chapeau deltaplane. Utilisant ses deux papillotes comme manettes de direction, il parvint, après un long vol plané, à atterrir sur le Grand Potiron. Tous ne parvinrent pas à destination, et son coeur fut déchiré par les cris désespérés de ses camarades emportés par des rafales et empalés vivant sur les branches aiguisées des arbres ou mangés par les oiseaux. Alors, suivi de ses frères et saisi d'une rage atroce, il fracassa les portes de secours, se rua dans les escaliers et tomba sur le peuple digestif du Grand Potiron par surprise. Ce fut un massacre ! La brave force expéditionnaire des Cotillons tua jusqu'au dernier des serviteurs du Grand Potiron et se retrouva dans une mare de sang. Le Grand Potiron, saisi de spasmes affreux perdit connaissance et déchira son tee-shirt en tombant sur le sol. Ce fut la tête haute qu'ils remontèrent les escaliers de secours., incapable de digérer, le Grand Potiron allait mourir sous peu.
Heureux, Alfred et ses compatriotes s'apprêtaient à rentrer au sein de la Grande Courge pour annoncer leur victoire, mais un problème demeurait : personne ne pouvait digérer la pierre, qui continuait d'empoisonner Sa Majesté la Courge.
C'est alors qu'Alfred le Cotillon entendit les voix aiguës des carottes. Dirigeant ses compagnons en vol plané vers les carottes, il se posa en haut d'une barrière qui les surplombait. Mais lorsqu'il essaya de leur parler, elles ne semblèrent pas l'entendre. Alfred le Cotillon eut l'idée géniale de reprendre la danse D'Ago-Ago, lors de laquelle les cotillons dansent en rythme et chantent en choeur. Composant un morceau sur le vif du sujet, les Cotillons se lancèrent dans un chant qui parvint à attirer l'attention des Carottes.
Il faut préciser que les Carottes sont connues à travers les potagers du monde pour leur connaissance des plantes médicinales. Et même les Cotillons en avaient eu vent. Exposant leur problème donc, les Cotillons obtinrent des Carottes que celles-ci donnent à Sa Majesté la Courge une herbe qui leur permettrait de digérer la pierre empoisonnée. L'herbe en question était de la Salsepareille, aussi connue sous le nom de Schtroumpfplante.
Ce n'est qu'alors que la force expéditionnaire des Cotillons retourna au bercail. Bénéficiant de conditions météo meilleures qu'à l'aller, ils eurent tôt fait de se retrouver à nouveau dans le ventre de leur bien-aimée Courge. Accueilli en héros, couvert de sang, Alfred le Cotillon dut encore prendre la tête de son peuple et lui faire escalader les parois raides qui menaient à l'autre bout du tube digestif de la Courge. Montant sur les épaules les uns des autres, ils parvinrent à entrouvrir la bouche de la Courge, inconsciente en cette heure grave. Lorsque les Carottes revinrent, apportant la Salsepareille avec eux, les Cotillons la tirèrent à l'intérieur. Là, des milliers de mains diligentes déchirèrent la plante en minuscules bouts. Après l'avoir avalée, les Cotillons se mirent en devoir de digérer la pierre.
Que de douleurs à l'estomac ! Tous pris de colique néphrétique malgré la protection de la plante médicinale, les courageux Cotillons continuèrent envers et contre tout à absorber l'immense montagne de poison. Finalement, alors que presque tous les Cotillons étaient étalés inconscients sur le sol, Alfred le Cotillon parvint à avaler le dernier morceau de la pierre qui avait commencé toute cette histoire insensée.
Le lendemain, tous les Cotillons ne se réveillèrent pas de cette nuit de cauchemar. Pour certains, la Salsepareille n'avait pas suffi à les protéger et ils avaient succombé au poison.
Une messe fut donnée par le Grand Rabbillon en l'honneur des morts au champ d'honneur. Alfred le Cotillon, malgré son jeune âge, fut proclamé Grand Cotillon. "Alfred au pouvoir !" fut le cri repris par tous, jeunes et vieux. Son premier ordre fut de déclarer une semaine entière de fête ! Et nul ne niera que le peuple élu des Cotillons ne l'avait mérité. Au son de la musique, les papillotes sautaient, les chapeaux volaient dans les airs, et la joie était partout.
Sa Majesté la Courge, ayant repris connaissance, mais encore affaiblie, fut heureuse d'entendre la musique résonner en elle et de savoir son peuple vivant et heureux. Consciente du prix qu'ils avaient payé pour elle, elle se jura de ne jamais recommencer.
Désormais reine sans partage du Potager, elle donna aux Carottes le meilleur coin du jardin et reprit sa vie, faite de bouffe et de fêtes interminables.
Émi & dgrv
20/06/2009




