Petite esquisse de théorie. Mind game.

Quelles que soient les valeurs d'une société, la vérité et la justesse du regard qu'elle porte sur le monde, quelle que soit la tolérance qu'elle entend montrer envers différentes catégories qualifiées d'"autres", il reste un facteur qui met toutes les sociétés au même niveau : nos émotions.

Car quelles que soient ces conceptions génériques auxquelles la plupart des membres d'une société adhèrent, subsiste l'élément d'attachement, de souffrance, de douleur, et, en fin de compte, de réaction. Notre vision du monde peut être noble, grande, généreuse, derrière elle se cache, au jour d'aujourd'hui, l'ego.

Ce que j'envisage, c'est le sort réservé aux immigrants, aux homosexuels... aujourd'hui, aux aliens demain : peu importe les valeurs sociales proclamées, voir voulues, de tolérance et d'humanité, il y aura toujours ces réactions à fleur de peau, ces incompréhensions qui naissent de la douleur, du sentiment d'injustice ou simplement d'impuissance.

L'absurde, l'inhumain naît de ce noyau en nous d'attachement à tout ce que l'on connaît, à cet ego qui nous défend, nous protège, nous assure une place mentale et en conséquence réelle dans le monde (je dirais que l'ego est l'équivalent dans le paysage mental et émotionnel de ce que notre corps est dans le monde : il est notre réalité). Cet ego d'aujourd'hui est construit sur l'implicite auto-destructeur de la mort, de la fragilité de la vie, de la grandeur terrifiante et insurmontable de l'univers qui s'étend autour de nous. Et la seule manière dont l'ego se protège, c'est en attaquant, en se défendant plus que nécessaire. La réactivité humaine est une susceptibilité due à cette terreur insupportable de l'inconnu, de l'immense et de la mort.

A l'échelle cosmique, la survie de l'espèce humaine tient à l'accession à cet état adulte qui se traduit par une forme d'ego différente, un noyau individuel qui adhère effectivement aux valeurs humaines et sait gérer ses émotions, sait avoir cette lucidité que le futur réclame de nous si l'on veut avoir une chance d'être toujours là dans mille ans. L'humanité a évolué, quoi qu'on en dise. Sa mentalité, la définition même de son humanité bouge. Et notre seul espoir, c'est que cette évolution, cette accession à l'état adulte de la société se fasse au plus vite.

Autrement, il n'y a pas de porte de sortie pour nous, uniquement notre petite planète et l'épuisement des ressources, l'épuisement de la croissance qui a porté notre évolution en tant qu'espèce. Si l'état du monde actuel ne permet pas, à terme, ce passage à l'âge adulte, Dieu seul sait ce qu'il adviendra ensuite. Une fois que le système mondial actuel se sera écroulé, quelle seront les perspectives du futur. Si cela devait arriver, serait-ce au contraire un basculement décisif vers une maturation si nécessaire et si peu probable aujourd'hui ?

La sphère mentale de l'Humanité fonctionne-t-elle comme le pool génétique ? Connaît-elle une évolution due aux contraintes extérieures ? J'ai parlé plus tôt d'une telle chose, car aujourd'hui, nous somme parvenus à élaborer une connaissance scientifique du monde qui nous met face à l'immensité sans fin de l'univers et à notre insupportable finitude... Mais cela est-il différent d'une religion. Et, au fond, la question se pose-t-elle ? Car la plupart des gens l'évitent. Qui connaît quelque chose de précis sur l'univers, le futur à part les scientifiques et les assidus ? Peut-être est-ce pourquoi, en tant que société, nous évitons les vraies questions qui définissent en ce moment même notre futur : la nécessité de créer un équilibre à long terme avec l'écosystème planétaire au plus tôt afin d'assurer la survie de l'espèce humaine sur notre planète d'origine. La possibilité ou non de préserver le niveau de vie actuel, de le généraliser (nombre de violences existant aujourd'hui sont liées aux déséquilibres plus grands que jamais entre pays, zones, secteurs de la population...). L'éventuel et final développement d'une convergence des cultures, sociétés et organismes mondiaux vers une nouvelle singularité unique qui s'annonce comme viable à l'heure d'aujourd'hui. La question de la conquête de l'espace et de l'expansion de l'espèce humaine hors de notre planète afin de résoudre la question des ressources et d'affronter les problématiques qui se poseront à l'échelle des dizaines et centaines de milliers d'années.

Bref, à travers la question de l'environnement, que tout le monde reconnaît aujourd'hui comme étant une des problématiques centrales de notre époque, s'ouvre le questionnement de notre survie à long terme en tant qu'espèce, en tant que société, et des mutations que nous devrons accomplir.

Sommes-nous aptes à surmonter ce défi ? Tant que le facteur humain sera prédominant, nous serons toujours menacés. Toujours en retard de plusieurs pas dans notre acceptation du monde, dans notre analyse et surtout nos actions.

Il est temps d'envisager de grandir et de devenir des sociétés responsables.