Si...

Comme c'est devenu plus ou moins évident pour ceux qui me connaissent, je veux bosser à Hollywood. Là où existent les moyens, le savoir-faire, et le talent marketing et de production. Le problème est que l'originalité, l'intelligence émotionnelle, fidèle à ses propres standarts est connue pour s'y faire déchirer.

Pourtant, une vague de réalisateurs, geeks pour certains, sont en train de prouver qu'il est possible de dire non et de créer des oeuvres matures, personnelles et fortes dans ce carcan hollywoodien arriéré. Alphonso Cuaron avait montré la voie, en montrant qu'il était possible de s'approprier une franchise majeure, réalisant avec Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban ce qui reste pour moi le meilleur film de la saga et un magnifique film sur le temps (entre autres). Que ce soit Marvel avec Iron man (Jon Favreau), Christopher Nolan avec Batman Begins et The Dark Knight, Peter Jackson et sa trilogie, Guillermo Del Toro avec Hellboy (et son Hobbit potentiel), sans oublier Spielberg qui, malgré le script raté d'Indy4 est le plus gros succès de cet été jusqu'ici, et Shyamalan (dont le succès des trois derniers films est en demi-teinte) ainsi que les frères Wachowski (grosse prise de risque de leur part avec Speed Racer et qui va leur coûter très cher). Je me permet d'ajouter Pixar et son approche unique de la créativité, cassant très clairement les attentes qu'ont les gens vis-à-vis des films d'animation. Quant à Wanted, c'est peut-être un film plus hollywoodien et moins investi par son réalisateur, le russe Berkmambetov, mais il marque l'une des rares réussites d'un étranger dans le système des studios hollywoodiens. Tout ceci se produit en même temps. Coïncidence... ou avancée significative ?

Il me semble crucial, dans ma problématique, d'attirer l'attention sur ces réalisateurs qui, nés dans un système de production oppressif, où y étant venus avec une certaine intégrité, une vision et un amour du cinéma, une expérience de la dureté de ce monde surtout, voulant utiliser les moyens existants pour créer des films artistiquement ambitieux, y ont pleinement réussi. Tout le monde parle de la culture geek récupérée par le flux mainstream, par les studios qui veulent l'exploiter. Mais ce que je vois maintenant, c'est la montée d'une génération de réalisateurs qui s'en sont souvent pris dans les dents, qui se sont battus pour garder leur intégrité et qui savent dire non tout en comprenant la nécessité de certains compromis. Et ces amoureux du cinéma sont en train de se réapproprier cette culture que les grands pontes du marketting ont essayé de se mettre dans la poche, mais sans rien y comprendre. Et ils sont en train de remporter cette bataille parce qu'ils ont compris que succès et qualité pouvaient rimer, parce qu'ils se sont adaptés au système.

Alors qu'on y adhère ou pas, qu'on aime plus ou moins, il est important à mes yeux de rendre justice à ces réalisateurs qui tentent de leur mieux de préserver ce que j'aime dans le cinéma, qui essayent de faire ce qui est au coeur du cinéma : toucher, émouvoir, raconter une histoire. Même des films imparfaits comme Hancock ou 300 ont quelque chose, une originalité pour le premier, un vrai respect pour là d'où il vient pour le second. Et (je ne parle pas de 300, pur divertissement), quelque part sous les millions de dollars, ces réalisateurs préservent une âme. Je ferais n'importe quoi pour les y aider.

Tout ceci, au final, n'était qu'une introduction à une interview en douze parties de Guillermo Del Toro sur le site Rottentomatoes qui est une réponse de ma part à tous ceux qui me disent que l'argent corrompt, qu'il est impossible de faire un bon film avec des moyens conséquents, et qu'il ne faut même pas y rêver. Je sais que c'est possible. Le seul problème, c'est qu'il faut se battre de la première à la dernière seconde pour cela, et qu'il faut apprendre à le faire.

http://uk.rottentomatoes.com/m/dinner_and_the_movies/news/1739826/2/guillermo_del_toro_rts_dinner_and_the_movies_interview

Makgré ce post sommes toutes positif, mon pronostic est qu'au delà de ces quelques réalisateurs brillants(je n'ai pas cité le vétéran James Cameron avec son Avatar à venir) ou au moins talentueux, on aura droit dès l'année prochaîne à une tentative de récupérer ce succès auquel les grands pontes n'auront, pour ne rien changer, rien compris. Alors je dis : profitons-en tant qu'on y est. On se montre souvent critiques, mais au final, il serait peut-être plus intelligent de reconnaître certaines qualités de ce que l'on voit se faire cette année, tout simplement parce qu'il est impossible de prévoir si ça va durer. Et que ce n'est probablement qu'une bataille gagnée face à une guerre sans fin. Une bataille qui a mis une décennie à venir, qui plus est.